editorial du 8 au 15 octobre

vendredi 8 octobre 2010 par Radio-Grésivaudan

Un document original de l’État français de Vichy présentant le projet de loi du statut des Juifs d’octobre 1940, annoté au crayon par le chef du régime de Vichy a été offert au Mémorial de la Shoah à Paris et rendue public. C’est une pièce capitale sur l’antisémitisme exacerbé de Philippe Pétain et du gouvernement de l’époque. Les historiens étaient partagés lundi sur la portée du document. Jean-Pierre Azéma explique à l’AFP : "Ce document prouve qu’il a bien modifié lui-même ce texte et qu’il n’y a pas eu un bon Vichy avant le retour de Pierre Laval en 1942. C’est symbolique de l’antisémitisme d’État ". Pour max Gallo : "Le régime de Vichy, et de Pétain à sa tête, c’est la revanche des anti-Dreyfusards. Pétain n’a jamais digéré l’acquittement de Dreyfus." Henry Rousso, directeur de recherche au CNRS exprime lui de la réserve : "Je serais beaucoup plus prudent et on ne peut pas affirmer de manière péremptoire que les annotations sont de la main de Pétain. A mon avis, l’expertise n’est pas faite". Et il rajoute : "Et au bout du compte, quelle importance ? Tout a été retenu dans le document final publié le 3 octobre 1940 et avait forcément été avalisé par Pétain qui détenait tous les pouvoirs"
Ce document est d’une réelle importance pour l’histoire de France et pour la compréhension de la responsabilité des hommes de pouvoir. Il est dit que l’histoire est un élément indispensable de compréhension du présent. Comment analyser la tristement fameuse circulaire de cet été au regard de ce document historique . La circulaire précisait : « Trois cents campements ou implantations illicites devront être évacués d’ici trois mois, en priorité ceux des Roms » et « Les préfets de zone s’assureront, dans leur zone de compétence, de la réalisation minimale d’une opération importante par semaine (évacuation / démantèlement / reconduite), concernant prioritairement les Roms. ». Cette circulaire n’est pas annotée de la main du ministre, ni de la main du chef de l’état. Doivent-ils pour autant être dédouanés de la responsabilité de sa publication ?
Il a fallu plus de 60 ans pour confirmer historiquement le rôle de Pétain dans l’antisémitisme de l’état français grâce à un document écrit. Aujourd’hui, à l’heure de l’informatique, comment les historiens de demain feront le lien entre une circulaire, une loi et la responsabilité des hommes au pouvoir ? Pour répondre à cette interrogation, il est possible de reprendre l’analyse de Henri Rousso sur le document de Pétain : " Et au bout du compte, quelle importance ? Tout a été retenu... et avait forcément été avalisé par Pétain qui détenait tous les pouvoirs". Remplacez Pétain par le nom du ministre concerné ou par celui du président est chose simple et permet une certaine compréhension.
Puiser dans l’histoire pour comprendre le présent ne signifie pas que le pouvoir présent est identique à celui du passé. Cela permet simplement de chercher à comprendre quelles sont les racines de la pensée actuelle, à quelle source elle s’abreuve, quel est son terreau intellectuel... Voir les références, les similitudes de fonctionnement, les appartenances à certains mouvements des hommes en place permet de mieux comprendre ce qui nous est proposé et dans leur courant historique cela s’inscrit. Les pistes de Charles Mauras, du groupe union défense ( gud) semble être de bonne piste...

E.L