editorial du 8 au 15 mars

jeudi 7 mars 2013 par Les ateliers pédagogiques : François

Pour un beau gâchis, c’est un beau gâchis.

Le foutoir magnifique suscité par le projet de réforme des rythmes scolaires réveille en moi une posture épistolaire militante et vindicative que je croyais endormie.

De quoi s’agit-il ?

Nous avions entendu, en mars, un candidat dit de gauche, scotché aux sondages, déclarer que la jeunesse de France devenait enfin prioritaire et qu’on allait voir ce qu’on allait voir : les dépenses publiques bouteraient hors de nos frontières, pour cette grande cause qu’est l’école, la vilaine austérité de droite, et que les réformes seraient ambitieuses.

Pour voir on a vu !

Un aménagement brouillon de la semaine en maternelle et primaire, mal ficelé, d’un retour à cinq jours d’école, avec demande aux collectivités locales de trouver des solutions pour boucher les trous occasionnés dans l’emploi du temps, puisqu’on ne peut renvoyer les enfants à la maison avant une certaine heure. Au-delà des détails techniques, du personnel nécessaire à cela, des horaires, des transports à revoir, où est l’embrouille ?

Elle se situe à plusieurs niveaux :
Tout d’abord, l’Etat reste obsédé par la réussite individuelle des élèves et veut des résultats nationaux à la hauteur des investissements, dans une logique qui reste libérale.

Le gouvernement précédent, pourfendant les pédagogues, coupant le cou à quelques décennies de réflexion et d’avancées, avait gonflé les programmes scolaires autour de la trilogie « lire, écrire, compter », invitant le corps enseignant à un pragmatisme entièrement tourné vers la culture de l’évaluation et la rentabilité basique.
Cette course, dans des classes aux effectifs chargés, laisse en rade les élèves les plus fragiles, essouffle les bonnes volontés. De plus, elle est inefficace.

On pouvait espérer, à juste titre, un allègement des contenus, un repositionnement politique. Nenni. On continuera d’enfourner.
Le bien- être des élèves et les conditions d’apprentissage, malgré les beaux discours ministériels, demeurent secondaires et inféodés à cet objectif.

Ensuite, avec cette réforme des rythmes scolaires, on renforce l’idée que l’école reste la seule responsable des maux auxquels on cherche remède. C’est taire que les enfants subissent de plein fouet le rythme de vie et de travail de leurs parents, déplacements, horaires chaotiques, loisirs, chômage, précarité, et j’en passe, et que leur difficulté à vivre l’école tient plus de ce rythme global de vie que de la journée scolaire elle-même.
D’autre part, le temps hors-école des enfants dépend des ressources financières familiales, et des capacités éducatives et associatives des collectivités. Il y a un fossé immense entre ceux qui passent des heures dans la rue et les adeptes de la pluriactivité forcenée.

Toutes les réflexions menées depuis un quart de siècle sur le problème ont buté sur l’incapacité financière des petites communes rurales à construire un relais éducatif solide après l’école à hauteur de ce qui s’est mis en place dans certaines grandes villes.
Les mettre aujourd’hui au pied du mur, c’est contribuer à creuser encore plus les inégalités entre les territoires.

Un peu d’utopie et d’espoir, Monsieur le ministre aurait été de placer la question des rythmes scolaires dans un plan Marshall pour l’enfance, avec remise en route des structures éducatives dans les quartiers sensibles, aide aux communes rurales, stimulation des familles habituellement exclues des structures culturelles et associatives, et des moyens financiers à la hauteur de ces ambitions là. Intégrer cette réflexion dans un questionnement plus vaste sur les rythmes des adultes et la répartition inégale du travail.

Penser l’école autrement que sous forme de pourcentages de réussite.

Se retrouver aujourd’hui à savoir comment on va occuper les enfants trente minutes par jour à moindre coût, quel inacceptable gâchis !

JM.F