editorial du 7 au 15 mai

vendredi 7 mai 2010 par Radio-Grésivaudan

Qu’est-ce qui n’est pas mesurable, chiffrable, qu’est-ce qui résiste à toute mise en charte, qu’est-ce qui manque le plus dans l’adversité, qu’est-ce qui donne chaleur , espoir et joie, qui donne sens aux beaux mots de liberté et d’égalité, mais qu’est ce aussi qui est souvent galvaudé, travesti à des fins peu avouables, brandi comme un slogan par tous les démagogues en quête d’adhésion ?

"je souhaite que 2010 soit l’année où nous redonnerons un sens au beau mot de fraternité qui est inscrit dans notre devise républicaine."
Qui parle ainsi ? Mais oui, c’est notre Président de la République lors de ses vœux aux français en décembre 2009. Le moins que l’on puisse dire c’est que c’est bien mal parti.
La fraternité, c’est l’essence même de notre vivre ensemble et le spectacle de ces temps délétères où l’argent est la mesure de toute chose n’est guère porteur d’effusions fraternelles. Salariés jetés à la rue et sacrifiés aux bénéfices des actionnaires, travailleurs pauvres en quête de dignité, migrants parqués comme des troupeaux, exploités, chartérisés, livrés à la vindicte populaire par des démagogues professionnels, valorisation du chacun pour soi, du clinquant, de la Rollex comme symbole d’une vie réussie, chômeurs stigmatisés, la fraternité attendra.

Et que dire de l’attitude des Etats européeens qui s’apprêtent , en même temps qu’ils glosent sur la nécessaire solidarité européenne, à se faire du gras sur le dos de la Gréce en lui pretant de quoi honorer ce qu’ils appellent sa dette. Pauvre Europe, livrée aux spéculateurs et aux chantres de la dérégulation, pour qui liberté signifie règne de la loi du plus fort, bien loin du rêve forgé par des citoyens assoiffés de paix et de fraternité après deux conflits sanglants .

Qu’il est loin le rêve du poète qui s’exclamait, lyrique : "Et de l’union des libertés dans la fraternité naîtra la sympathie des âmes, germe de cet immense avenir où commencera pour le genre humain la vie universelle et que l’on appellera la paix en Europe". Ainsi parlait Victor Hugo, au temps où les exemples ne s’appelaient pas Minc et Seguela.

Liberté, égalité, fraternité : belle devise. Mais sans fraternité que valent les notions de liberté et d’égalité ? C’est la fraternité qui est première et qui permet l’épanouissement de ces valeurs. Ce que disait déjà, en 1834 un vieux militant du combat social, le saint-simonien et socialiste républicain Pierre Leroux : " La liberté est le but, l’égalité le principe, la fraternité le moyen".

MA