editorial du 5 au 13 mars

vendredi 5 mars 2010 par Radio-Grésivaudan

Pour la 9em année consécutive, nous retrouvons le festival isérois du film sur la résistance. L’occasion de voir et revoir des films de grands cinéastes et des documentaires présentant des résistants qui ont conjugué le verbe résister au-delà de la période de la guerre. C’est d’ailleurs le cas, au cinéma Jean Renoir de Pontcharra qui propose une soirée ciné-rencontre le mardi 16 mars à 20h30 avec « Walter, retour en résistance », de Gilles Perret. Le réalisateur sera présent, ainsi, sous réserve d’une santé de fer, que Walter Bassan, héros de la résistance, et de ce documentaire aussi. Le synopsis du film : "Qu’avons-nous fait des acquis du Conseil National de Résistance ? La sécu, les retraites par répartition, la nationalisation des besoins vitaux de l’économie, la séparation de la presse des pouvoirs d’argent... Voilà ce que le programme du CNR prônait dès 1943 et mettait en place dès 1945. Aujourd’hui mis à mal par notre gouvernement, Walter Bassan et ses camarades John Berger, Stéphane Hessel, Constant Paisant sont là pour faire front et dire NON à la casse systématique des services publics et des valeurs du CNR.
Cette position est à la pointe de l’actualité, notamment sur la question des retraites. En effet, Nicolas Sarkozy a annoncé que des décisions sur la réforme des retraites seraient prises "avant la fin de l’année". Son argument : "aujourd’hui 10% des retraites ne sont pas financièrement assurés", et "Il faut trouver des solutions". Pour lui, il n’y a pas 36 choix possibles, soit un allongement de la durée de cotisation, soit recul du départ à la retraite, soit une baisse du montant des retraites ( projet rejeté de suite). Sur le constat et les solutions proposées, plusieurs questions se posent :


- sur la situation : Mr Raffarin affirme qu’en « 1960 il y avait 4 actifs pour 1 retraité ; en 2000, il y a 2 actifs pour 1 retraité ». C’est vrai, mais il faudrait compléter cette information par le fait que ces 2 actifs produisent 1,5 fois plus que les 4 actifs de 1960. Cette production de richesse doit continuer à croitre avec 1 actif qui produira plus que les 2 d’aujourd’hui en 2020. D’autre part, les cotisations vieillesses payées par le patronat sont restées bloquées à 8,5 % depuis 15ans , alors que celles payées par les salariés n’ont cessé de grimper : la part acquittée par le premier a dégringolé de 64 % à 56 %, tandis que celle des derniers est passée de 35 % à 44 %.
Il semble que la situation ne soit pas aussi critique que cela si nous la regardons dans sa globalité. En effet, pour revenir à l’équilibre initial, il suffirait d’accroître la contribution patronale de 0,34 % l’an.


- sur les solutions, pourquoi ne parler que de l’age de la retraite ou de la durée des cotisations ? D’autres pistes existent. Par exemple, le changement de base de calcul des cotisations en prenant comme base de la contribution patronale l’ensemble des richesses créées et produites (la valeur ajoutée),. En ajoutant une cotisation sociale sur leurs revenus financiers, etc.. Parler d’allongement des cotisations ou du prolongement de la retraite cela signifie mettre en place une baisse obligatoire des retraites et un recours aux systèmes de retraite privé. En effet, aujourd’hui, seuls environ 45% des hommes et 41% des femmes ont encore un emploi lors du départ à la retraite. C’est le chômage des quinquas. Faute de carrière compléte, ils partent à la retraite sans leur nombre total d’annuités, et donc ils touchent des retraites plus faibles. Partir plus tard à la retraite ou allonger le nombre de cotisations revient à renforcer cet état de fait. Dès lors, pour vivre normalement, une seule solution, avoir recours à une caisse de retraite complémentaire privée. Sur cette question, relisons le monde du 4 juin 2008 : « La Caisse des dépôts et le groupe Médéric, qui est dirigé par Guillaume Sarkozy (un des frères de Nicolas) veulent créer une filiale commune spécialisée dans le financement des retraites. Un document de travail daté du 16 mai et estampillé “confidentiel’ relève que, en 2020, les non-cadres subiront une baisse de 5% du taux de remplacement pour une carrière complète et les cadres subiront une baisse de 20%. Les grandes lignes de ce projet de partenariat sont posées : la création d’une “nouvelle entreprise d’assurance”, qui proposera “ un bilan retraite et des services adaptés, en phase d’épargne et au moment de la retraite” aux salariés. L’objectif est d’atteindre un chiffre d’affaires de 7 milliards d’euros en 2019. Les futurs partenaires se fixent “des taux de rentabilité raisonnables sur le long terme”. »

Vue sous cet angle, le plan gouvernemental de réforme des retraites est une stratégie imparable : les entreprises continuent à licencier et à réduire les dépenses salariales pour faire grimper leur cours en Bourse, l’État se défausse, il fait maigrir les services publics, il n’évoque pas d’autres solutions que l’allonger le temps de cotisation et un départ à la retraite plus tard. Sans suit alors, une baisse du montant des pensions et donc une poussé des fonds de pension. On retrouve le même engrenage pour la Sécurité sociale, qui devrait réduire ses remboursements, incitant les moins pauvres à se tourner vers les assurances privées. C’est plus rentable pour certains...
Quel rapport me direz-vous avec le festival du film sur la résistance ? 
Le Programme du Conseil national de la Résistance français a été adopté le 15 mars 1944. Le CNR ne se limite pas à la coordination d’actions militaires, mais établit un véritable programme de gouvernement. De nombreuses mesures, souvent progressistes, seront mises en œuvre dès la Libération. Comme la création de la Sécurité sociale : assurance santé et régime général de retraite par répartition, le vote des femmes, la création des Comités d’entreprise, la nationalisation des crédits.... Et Denis Kessler, ancien vice-président du MEDEF, a déclaré dans le magazine Challenges (4 octobre 2007) qu’il fallait "défaire méthodiquement le programme du CNR" en précisant : " le gouvernement s’y emploie".
Walter, le héros du film diffusé à Pontcharra le 16 mars, est un résistant, mais est aussi un sacré bonhomme qui nous rappelle que la résistance se pratique au quotidien, et ne manque pas de générosité pour nous transmettre son engagement..."

E.L

Source d’information de cet édito et pour en savoir plus :
+ L’OCDE a publié la feuille de route de Nicolas Sarkozy pour la réforme des retraites dans politis
+ Pour un nouveau contrat social, Financer les retraites autrement par Martine Bulrd dans le monde diplomatique
+ le conseil nation de la résistance : leur site
+ Retraites : la réforme rêvée de Nicolas et Guillaume Sarkozy sur rue 89
+ à lire : il risque de pleuvoir de emmanuelle Heidsieck  : à travers les réflexions de son héros, le démantèlement de l’idéal solidaire de la Sécurité sociale par les nouveaux patrons du monde de l’assurance. Une fiction, vraiment ? voir son interview