editorial du 4 au 11 mai

vendredi 4 mai 2012 par Radio-Grésivaudan

 

Quel éditorialiste n’a pas connu, au moins une fois, l’angoisse née du trop plein, à côté de laquelle l’angoisse de la page blanche apparaît comme un effarouchement de vierge limousine. Et depuis des semaines qu’on débat sur l’avenir du quinquennat tout a été dit ou presque. Et si je veux bien convenir que l’enjeu méritait que l’on s’y attardât, vous conviendrez aussi avec moi que l’on frise maintenant la saturation si vous me pardonnez cette audacieuse image de capilliculteur. Comme vous j’aspire à un profond et radical renouvellement de l’air ambiant, mais il n’en reste pas moins que s’agissant de pondre quelque chose susceptible de retenir l’attention à défaut de faire réfléchir, restons modeste, la tâche est plus qu’ingrate.

J’en étais là de mes spéculations quand s’invita l’inattendu, l’imprévisible -et que même les experts médiatiques censés nous sortir de l’ignorance n’avaient envisagé - comme un surgissement d’éphémère, comme une bouffée d’oxygène sémantique : enfin vint l’anaphore !

L’anaphore, l’anaphore ! Pas un média, pas un commentateur, pas une glose sans que résonnent ces trois syllabes d’essence authentiquement héllène . Il était temps car il y avait comme un déficit de nouveauté et l’on risquait de s’endormir, bercé par un vieux discours ponctué de vieux mots. Enfin le néo chassait l’archéo. La métaphore avait fait son temps et reconnaissons que même l’oxymore avait pris un sérieux coup de vieux. Et je redoute déjà que l’abus aidant, on assiste dans les prochains jours à l’usure ineluctable de cette magnifique anaphore que même un esprit délicat comme celui de Mme Morano aura tôt fait de juger comme un gros mot caractéristique des bobos décadents et fornicateurs.

Dans la perspective de cette obsolescence, et afin de rassurer tous ceux qui sont en charge d’une production éditoriale, je tiens à leur disposition une collection quasi exhaustive de catégories rhétoriques repondant à leur souci angoissé de faire bouger les lignes du discours politico-médiatique. L’épiphore, l’épanaphore, la diaphore, l’antépiphore n’attendent que la plume audacieuse qui les mobilisera. Et si cela ne suffit pas reste à espèrer trouver un nouveau public en recourant- mais à petite dose, quand même – à la synecdoque, à l’anacoluthe, à l’épanalepse,à l’aposiopèse et, pourquoi pas à l’antonomase, le zeugma étant réservé au traitement de cas désespéres de rétention créative. Quant à la tapinose je me garderai bien d ’en recommander l’usage, top délicat. Je rasssure Mme Morano, il ne s’agit pas d’une cochonnerie mais d’une forme ironique de la litote. Ainsi quand François Bayrou dit qu’il votera Hollande on peut parler de litote implicite, voire de tapinose, en echo au fameux » va, je ne te hais point » de Chimène.

 

Bonne semaine à tous et vivement dimanche !

MA