editorial du 4 au 11 avril

vendredi 4 avril 2014 par Radio-Grésivaudan

Jeudi 3 avril 2014 est décédé Régine Deforges. Partout les louanges pleuvent sur celle qui fut depuis sa jeunesse soumise à toutes les formes de censure. Si la bicyclette bleu est présente dans toutes les mémoires comme ses écrits érotiques, elle a aussi écrit des livres pour enfants, un recueil de recettes de cuisine et un ouvrage sur le point de croix... En fait, une illustration de sa vie dans toute sa diversité. Elle qui s’est battu pour que toutes les différences puissent exister cote à cote, contre l’indistinction qui amène à l’indifférence voir à la normalisation. Ne disait-elle pas lors d’un interview sur France culture
" Je trouve ça ridicule que les pédés veuillent absolument entrer dans la norme, se passer la bague au doigt et des trucs comme ça. Ça rime à quoi ? Ce qui est intéressant, c’est de ne pas être comme l’autre. Ce qui est intéressant, ce sont les différences. Si on se ressemble tous, comme quand vous allez dans les boutiques d’aéroports du monde entier, vous trouvez les mêmes choses à acheter, je ne vois pas l’intérêt. "

Parmi ses combats, il y a en autre celui pour la sexualité des handicapées. Voilà ce qu’elle disait sur le sujet :
" Les choses, cependant, semblent devoir bouger. On a parlé récemment à la télévision de la vie sexuelle des handicapés et des vieillards ainsi que des assistants sexuels. Cela sera-t-il suffisant pour qu’une solution soit trouvée ? J’en doute, malgré les nombreuses volontés qui se penchent sur ce problème. Comment échapper à la tentation de juger ces hommes et ces femmes qui tentent d’apporter un peu de réconfort et de tendresses ?"

Sa vie, ses oeuvres, doivent nous permettre de nous questionner sur le fait d’être juridiquement et politiquement égaux, ce qui est réjouissant, signifie-t-il passer par le filtre du tous semblables ?

E.L

« Emmanuel devenait un homme fort et vigoureux, aux désirs sexuels évidents. Quant il agressa une jeune fille sur la plage, j’insistai auprès de Marie pour qu’elle accepte de le faire interner. Elle ne voulut rien savoir, disant qu’elle savait ce qui lui restait à faire. Ce fut elle qui suggéra de faire appel aux filles d’une maison close de C. Cela suffisait peut-être, disait-elle, à calmer les désirs du jeune homme. Je compris très vite qu’ils étaient devenus amants. Quels reproches pouvais-je
faire adresser à cette femme qui n’avait trouvé que cette solution pour mettre son fils à l’abri de ses pulsions érotiques ? J’étais persuadé qu’une vie sexuelle harmonieuse était une thérapie comme une autre pour faciliter la vie des déments et des vieillards. Je m’en ouvris à mon vieux maîtres, aliéniste de renommée mondiale, qui m’écouta en silence. Quand j’eus terminé, il se leva et posa sa main sur mon épaule.
- Mon cher petit, vous avez joué avec le diable et vous avez eu raison. À votre place, j’eusse fait la même chose. Cependant, je ne peux m’empêcher d’être inquiet pour l’avenir de ces deux-là. Supposons que la jeune femme tombe enceinte et qu’elle veuille garder l’enfant, car j’en suis sûr, elle voudra le garder. Que ferez-vous ? J’étais accablé, je n’avais pas pensé à cela. »

Extrait de Toutes les Femmes s’appellent Marie.

"Que voulez-vous que je fasse de votre sympathie alors que c’est votre amour que je vous demande ! Je me moque bien de mon mari et, pardonnez-moi, du vôtre. Que savent-ils de l’amour, ces hommes, acharnés au travail, abrutis par les conversations de café et veules, tant est grande leur peur du lendemain et de leurs chefs ou patrons ?
Comment pouvez-vous dire qu’une femme ne peut pas aimer une autre femme alors que moi, je vous aime avec mon coeur, avec mon corps ! Pour vous, j’abandonnerais mari et enfant. Un péché, dites-vous ? Alors vive le péché qui me fait battre si fort le coeur dès que je vous entends, me fait trembler dès que je vous vois et me donne envie de vous couvrir de baisers et de caresses !"

Extrait de pour l’amour de marie salat