editorial du 31 mai au 7 juin

vendredi 31 mai 2013 par Radio-Grésivaudan

 

Quelle légitimité, en vérité, pour produire, à intervalles réguliers, ce qu’il est convenu d’appeler un éditorial ? Ou plutôt un édito, ça fait plus pro et ça rime avec populo, pour causer simple et branché. En quoi mes propres considérations sur ceci ou sur cela méritent qu’un lectorat s’y arrête, alors même que je ne représente que moi-même et ne prétend à rien, sinon peut-être à, parfois, me défouler juste ce qu’il faut pour ne pas sacrifier au pessimisme ambiant.

Et ce faisant, est-ce que je ne contribue pas à conforter ce sentiment du « tout fout le camp » affiché chaque semaine , voire chaque jour à la une des gazettes .Et il faut avoir vu, au moins une fois, la gourmandise et les airs entendus de Pujadas annonçant les mauvais chiffres du chômage, pour mesurer le cynisme de ce qui dit se présenter comme le summum de l’objectivité. Et il faut avoir entendu Copé au moins une fois pour admirer son art d’asséner - « tout simplement »- le contraire de ce que disent les chiffres dont il sait que pratiquement personne ne prendra le temps de s’y référer. Vieille technique de communication/manipulation dont l’efficacité n’est plus à prouver.

Faire simple, parler simple, le monde est compliqué, simplifions, simplifions, c’est la nouvelle doxia des communicants qui ont pris le pouvoir. « C’est le parler prétendument apolitique

des hommes politiques, des agents de l’Etat, c’est celui de la presse, de la radio de la télévision, c’est celui de la conversation » pour citer Roland Barthes. A vouloir parler simple, on finit chez certains par parler gros, par parler gras, le peuple étant , c’est bien connu mal équipé pour saisir les nuances de la complexité. Et la simplification s’accomode très bien de la généralisation. Ainsi de ce « tous pourris » qu’une extrème droite profère où suggère selon l’interlocuteur et qui trouve malheureusement parfois des échos là où on ne devrait pas l’entendre. Et finalement le peuple est plus fin que ne l’imaginent les démagogues de tout poil et est tout à fait capable de dépasser une première affirmation . Ainsi , naguère, de ce sondage souvent cité, où, à la question sur l’honorabilité des élus une très forte majorité se prononçait négativement, corrigeant contradictoirement le tir quand on posait la question sur l’honorabilité de leur élu : près de 80% des sondés considéraient alors que leur député, leur maire ou leur Conseiller général etaient des gens très bien.

La démocratie est chose fragile.Ce n’est pas la vigueur du débat politique, la vigueur des affrontements idéologiques , la pugnacité des oppositions projet contre projet, la pregnance des luttes sociales, la fraternité du collectif et les solidarités qui la menacent et la pervertissent. C’est au contraire, les simplifications auxquelles ses ennemis ont recours pour éviter le débat et manipuler les citoyens , de plus en plus souvents seuls et précarisés, et les conduire là où leurs intérêts commandent.

Simplifier, c’est mépriser le peuple . Nous méritons mieux que la suffisance des experts auto-proclamés , vendeurs de pilules libérales, mieux que les simplifications des démagogues. La defaillance de quelques - uns n’est pas celle de tous même si « il y a de mauvais exemples qui sont pires que les crimes  ». Il faut toujours relire Montesquieu. Les vrais combats sont toujours devant nous . Le renouvellement du personnel politique , par exemple, et la durée des mandatures prend maintenant toute sa dimension , même si sa mise en œuvre pose des problèmes de court terme. C’est une des conditions pour que nous retrouvions la confiance dans le pacte républicain et le combat démocratique . 

« Dans toute magistrature, il faut compenser la grandeur de la puissance par la briéveté de sa durée » . Montesquieu, toujours lui.

MA