editorial du 3 au 10 decembre

vendredi 3 décembre 2010 par Radio-Grésivaudan

A l’occasion des révélations de l’organisation WikiLeaks le discours médiatique n’en finit pas de réactiver le débat récurrent sur la légitimité de ce qu’il faut bien appeler la censure : s’agissant de politique, d’économie, de relations internationales, de concurrence technologique, peut-on tout dire, tout révéler ou au contraire n’est-ce pas le rôle (le devoir ?) des détenteurs de pouvoir de sélectionner ce qui peut être rendu public, avec le souci de préserver des intérêts considérés comme légitimes ainsi que la sécurité des biens et des personnes.

Le débat n’est pas nouveau et resurgit périodiquement lors des périodes de crise et agite aussi bien le café du commerce que les cercles concentriques du pouvoir. Les réponses apportées dépendent des bruits du temps, de la pression et des intérêts du court terme, des différentes stratégies mises en œuvre sur le long terme et des cadres idéologiques où s’expriment les acteurs et les commentateurs. Plus de transparence, moins d’opacité , tout est un problème de degré. Il n’y a pas de différence de nature ente l’opaque et le transparent, mais une différence de degré, d’intensité : sur le trajet qui relie la lumière totale ( la transparence) à l’obscurité totale (l’opacité) ce qui fait problème c’est la nature du curseur qui permettra la mesure et surtout le statut de celui qui positionne le curseur.

Pour le citoyen peu informé ou sur-informé il est difficile de se forger une opinion, soit par manque d’éléments d’analyse, soit au contraire par excès de matériaux. Un début de solution se trouve dans la formation de l’esprit critique, ce qui devrait être la mission première de l’éducation nationale qui, au contraire, dévalorise tout ce qui pourrait participer à cette ambition, à savoir l’enseignement de l’histoire et de la philosophie.

Dans le cas de l’affaire WikiLeaks, on ne peut faire l’économie d’interroger les motivations des parties en présence, à savoir celles de l’organisation qui délivre les informations ( les fuites) et celles des institutions qui s’en disent victimes et surjouent leur indignation. S’il est vrai "que l’on ne nous dit pas tout", les auteurs des révélations comme les diffuseurs qu’ils ont choisis ont déjà procédé à des tris, tris effectués selon des critères qui leur sont propres, et qu’ils jugent bien entendu légitimes. Et finalement, ce qui est mis sur le marché est déjà bien édulcoré, les médias ne publiant que ce qui est le plus spectaculaire ( au sens de Debord) , voire le plus croustillant. Et quelle que soit la sympathie que l’on éprouve à l’égard d’une organisation saluée par ailleurs par des instances aussi différentes que la revue The Economist ou Amnestiy international, il faut quand même interroger l’émetteur : qui parle et d’où parle celui qui parle, quelles cibles, manipulateur ou Robin des bois, à qui profite les fuites etc...? Pour ce qui est des Etats, leur passé, leur histoire récente (et leurs histoires) leur mode de fonctionnement, leurs intérêts permettent de se faire une représentation assez pertinente de ce qu’on appelle la raison d’état qu’il ne faut pas confondre avec la raison des citoyens.

Le plus préoccupant ( sans oublier l’autre aspect de l’affaire, à savoir la sécurité de la communication numérique ) c’est que nous ne réagissions plus en citoyens, relégués à terme au seul statut de spectateurs, accablés de messages contradictoires, et disponibles pour toutes les aventures, y compris les plus sinistres.

MA