editorial du 24 au 31 mai

jeudi 23 mai 2013 par Radio-Grésivaudan

Un de mes compères, me précédant dans l’honorable tache d’éditorialiste, s’interrogeait tout récemment et fort justement sur l’opportunité d’écrire, malgré tout, un texte, dans un contexte ou toute parole n’a guère plus d’importance qu’un kleenex. J’exagère volontairement le propos, mais c’est ainsi que j’ai reçu ses mots, étant moi aussi atteint par cette lassitude du quidam qui ne sait plus à quel saint se vouer. Est- ce alors l’effet de l’excellent petit Côtes du Roussillon que je viens de savourer et qui brouille un tant soit peu mes restes de lucidité, mais… je ressens soudain comme quelque onde positive qui me traverse .

J’écrivais, ici, en novembre, un texte vantant un revenu garanti pour tous. Et paf ! Le Monde Diplomatique, dans son numéro de mai, développe l’affaire sur six pages. Le mois dernier, je secoue amicalement notre cher Président, et toc ! Sa dernière conférence de presse semblerait avoir eu plus de mordant que les précédentes. Quel impact, me dis-je ! C’est fou ce qu’un tout petit édito pour une radio locale peut provoquer. La parole du citoyen lambda aurait donc de nouveau autant d’effet que le fameux battement d’aile du papillon qui…
Toute plaisanterie mise entre parenthèses, la question de la parole citoyenne mérite plus que quelques bons mots. Et je vais donc plus sérieusement m’y attarder.

Est-ce mes déambulations printanières sur les places de Toscane où affleure l’humanisme de la Renaissance ?
Est-ce ma traversée automnale des campagnes délaissées du Nord, les rues désertes, réduites au silence ?
Est-ce ma retraite méritée qui me pousse à m’interroger sur la place sociale qu’il me faut réinventer. Est-ce le mécontentement systématique de ceux qui n’obtiennent pas gain de cause dans la seconde suivante ?
Est-ce l’hermétisme croissant du fonctionnement global de nos institutions ?
Est-ce cette montée inexorable du vote FN ?

Oh sûrement un peu de chaque.

Et donc je m’interroge : A-t-on laissé s’exprimer ceux qui se retrouvaient en difficulté, et qui bien qu’assidus au JT, questionnaient encore le monde, mais trop simplement aux yeux de ceux qui savent ? Le vote frontiste n’est-il pas aussi le résultat d’un manque d’écoute réelle quand il était encore possible d’échanger.
Aujourd’hui, toute réflexion sur la démocratie participative, la consultation, tourne souvent, hélas, en rond : à quoi cela sert-il de laisser la population s’exprimer si les décisions prises, au final, vont à l’opposé de ce qui a été formulé. N’y a t-il pas démagogie que de laisser les gens s’exprimer pour, au bout du compte, manipuler leur parole ou tout simplement ne pas en tenir compte. On ne va tout de même pas donner de l’importance aux propos xénophobes ou populistes, etc, etc…

Coté citoyens, on constate un désintérêt croissant pour la réflexion publique. Sans doute le résultat d’échecs ou de simulacre de concertations plus ou moins formelles, mal vécus au demeurant, pour lesquelles tout était joué d’avance. Souvent, le débat a lieu quand tout est déjà décidé. Bref tout cela ressemble à une friche à l’abandon dont on ne semble savoir que faire (1).

Dans un an, les élections municipales constitueront l’enjeu public le plus à l’échelle de chaque individu. Mais avec l’intercommunalité, toute décision prise, se fait en tenant compte de paramètres techniques et politiques de plus en plus complexes, ce qui créé là aussi un fossé grandissant entre élus et « peuple ».
Et pourtant, il y aura campagnes, débats…mais sans illusion et entre gens de bonne compagnie.

Posons autrement le problème de la démocratie participative. L’intercommunalité est nécessaire et ce n’est pas moi qui la remettrais en cause. Mais faut-il obligatoirement associer concertation, consultation avec une prise de décision qui reposerait soit sur un consensus, soit sur la mise sous silence d’une partie des discussions. Intéressons-nous plutôt à ce qui est de l’ordre de l’émancipation des citoyens et la parole reconquise et oublions les commissions consultatives telles qu’elles existent déjà.
Ne pourrait-on pas recréer des forums réguliers, sur la place publique, non pas autour de quelques orateurs, mais sous formes d’ateliers à thème, où chacun échangerait sur tout, écouterait vraiment, argumenterait, s’opposerait, ferait émerger les divergences avec passion mais recul, transmettrait de vraies informations ou des écrits, et repartirait un peu plus lucide, riche ou désarçonné par l’échange, surpris par sa propre parole.

Et si l’oreille de quelque élu resté silencieux, glane matière à considérer ces paroles, à creuser un peu plus profondément, pour prendre « en conscience » quelque décision…

(1)La réflexion qui précède s’inspire d’un très bon dossier paru dans Télérama cet hiver.

JM.F

 


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