editorial du 23 au 30 janvier

vendredi 23 janvier 2015 par Radio-Grésivaudan

Pendant que dehors on s’insurge, à l’intérieur, j’hiberne. J’ai cherché en vain un sujet d’actualité pour faire débat, je ne l’ai pas trouvé. Non qu’il en manque, loin s’en faut. C’est simplement que je bois la tasse, submergée, claquée par le raz de marée médiatique. Pas envie d’ajouter mon point de vue à la question de la laïcité, pas envie de prendre part aux débats qui excitent les rédactions et les politiques...
Retranchée dans mon bureau bien chauffé à la vue imprenable sur les champs de neige saupoudrés, toujours malgré tout avec l’extérieur ultra connectée (on ne se refait pas...), j’ai plutôt envie de vous livrer ici l’état d’esprit du moment... le bonheur de l’hibernation forcée, la délectation de la lenteur acceptée...
Un illustre inconnu a dit un jour : « Rien ne sert de courir, il faut partir à point ». Lorsque j’ai appris cette fable, j’étais en CM1. La maîtresse nous demandait de réciter les poésies en faisant des gestes et je me rappelle y avoir pris beaucoup de plaisir. Cette professeur, elle avait le don de rendre ludiques des trucs qui, au premier abord, pouvaient avoir l’air vraiment ennuyeux. Et je m’en rends compte en l’écrivant, devoir mimer ce qu’on racontait permettait aussi de mieux le comprendre... Bref, depuis le CM1, l’histoire du lièvre et de la tortue est toujours restée dans un coin de ma tête, du moins dans son ensemble : je ne pense pas être capable de la réciter, là, comme ça, par contre j’en ai si bien retenu des fragments que depuis plus de vingt ans, je les surprends parfois à faire une apparition dans mes pensées, sans qu’il n’y ait de rapport avec ce qui les occupe à ce moment-là. Ah, les mystères de la mémoire... Si je vous parle de la morale de cette histoire, c’est qu’elle a la particularité de résonner avec mes réflexions du moment.
Actuellement au chômage à la recherche d’un job alimentaire à temps partiel, animée par une multitude de projets professionnels et personnels tous plus excitants et précaires les uns que les autres, exilée dans une campagne reculée frappée par l’hiver, j’ai le sentiment de vivre totalement en marge de la vitesse imposée par le travail, vitesse qui, selon le point de vue duquel on se place, abrutit ou élève (je n’émets ici aucun jugement de valeur, les deux sont argumentables). Certains considéreront ma situation comme insupportable, d’autres comme bigrement enviable (tout dépend là aussi du point de vue duquel on se place). Pour moi, elle est l’occasion d’expérimenter une autre façon de vivre, totalement opposée à celle à laquelle depuis toute petite, j’assiste, les yeux écarquillés. Elle est différente et je me rends compte qu’elle mène, et ce n’est pas toujours facile à vivre, à l’introspection, à la remise en question, à l’écoute et au requestionnement du système dont on fait partie, qui nous conditionne tous, tellement.
Le cœur solide et le train de vie sobre, je prends grand plaisir à surfer sur la vague de l’hibernation forcée, savourant le levage de pied, prenant le temps des saisons et de la contemplation. Recluse dans mon coin, quasi dénuée de lien social (sauf avec Pôle Emploi, la CAF, le proprio et la banque), j’apprends à ne plus m’ennuyer, acceptant, question de volonté, de ne me nourrir que d’amour et de tisanes, de lectures et de projets.
L’autre disait, « Rien ne sert de courir, il faut partir à point ». Les XIIIe rencontres « Ecologie au Quotidien » de Die proposent, elles, du 23 janvier au 2 février, de « Ralentir... vers une sobriété heureuse », ça me parle.

E.P


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