editorial du 1er au 8 avril

vendredi 1er avril 2011 par Radio-Grésivaudan

Il y a des jours comme ça où l’on se prend à rêver et que, même un bouffeur de curé* comme moi se réjouit de constater que les représentants des multinationales de Dieu ne se prêteront pas à ce sinistre symposium voulu par notre chanoine en chef, et mis en mouvement (populaire) par le sémillant Copé.

Il y avait déjà la laïcité positive, on y ajoutera désormais la laïcité discriminante, chargée de séparer le bon grain de l’ivraie. Et toutes les circonvolutions langagières, toutes les exégèses du seigneur de Meaux pour justifier le maintien de la fumeuse convention "sur la laïcité" du 5 avril ne changeront rien à l’affaire : la cible, c’est bien les musulmans de France. Et l’on pourrait comprendre - dans la tradition d’une certaine laïcité de combat, lorsqu’ il fallait consolider la République contre l’emprise temporelle de l’église catholique - que nos institutions conduisent un combat contre un islam dominateur soucieux de s’institutionnaliser , mais ce n’est pas le problème. Le problème c’est la fille de son père , la nouvelle égérie qui occupe la première page de tous les médias et qui broute sur le pré du parti ( de moins en moins ) majoritaire. Et c’est à qui lavera plus noir que noir. Et au bout du compte, nos compatriotes musulmans seront les premières victimes de ces campagnes nauséabondes où le pouvoir , en notre nom, par le truchement du parti majoritaire qui le soutient, dévoie le pacte républicain.

Il y a des jours où nous devons tous nous revendiquer, solidairement, comme musulmans français. Le malheur est à nos portes si nous laissons faire ceux qui - et au premier chef le chanoine qui nous gouverne - jour après jour, minent notre vivre ensemble.

Le piège est redoutable qui nous détourne des vrais questions, des vrais enjeux, des vrais combats. Combat pour la justice sociale, pour l’égalité des droits et des devoirs, pour la culture pour tous, pour la tolérance et la reconnaissance de l’autre comme notre frère, même s’il ne pense pas tout à fait comme nous. Croyants ou non croyants, c’est la laïcité qui nous garantit le vivre ensemble, même dans la confrontation des idées, même et surtout quand les temps sont durs, quand le chômage perdure, que la pauvreté s’installe et qu’est forte la tentation du bouc émissaire. Veillons à la stricte séparation de l’espace public et de l’espace privé, et ne cédons pas aux lobbys politico-financiers ou religieux qui veulent, à leur seul profit, conforter leur pouvoir en utilisant des leurres dont la susdite convention est le meilleur exemple possible.

Et honte à ceux qui jouent avec des allumettes, et qui sous prétexte de défendre les vertus pédagogiques du débat, jettent un peu plus d’huile sur les feux à naître. Honte au chef qui nous gouverne et qui cornaque ces puantes pantalonades. Ce n’est plus le chanoine du Latran, mais le chanoine des latrines.

Et si nous étions en 1788 ?

MA

* ou de rabbin, ou d’imam, rayez les mentions inutiles.