editorial du 1er au 7 novembre

vendredi 31 octobre 2014 par Radio-Grésivaudan

Le 14 octobre 2014, je retrouvais une poignée de passionnés de radio pour un stage organisé par la coopérative « Vent Debout » de Toulouse, intitulé « Radio et éducation populaire » avec pour sous-titre « la radio comme outil de lutte ». Le long trajet (nous partions d’Ardèche et avions rendez-vous dans un gîte à quelques kilomètres de Gaillac) avait pour avantage de nous faire traverser de magnifiques paysages, vallonnés et brumeux. J’y rencontrais une créatrice sonore pleine de projets et d’espoir et nous partagions nos expériences mais aussi nos attentes par rapport à ce stage quelque peu mystérieux.
Le gîte se situait au cœur d’une campagne encore ensoleillée, dans un joli hameau sur une colline entourée de vignes, d’où l’on pouvait apercevoir, barrant l’horizon, une partie de la chaîne des Pyrénées.
C’est en entrant dans le gîte que j’ai découvert l’existence du projet de barrage de Sivens : le vendredi 17 octobre, le gîte organisait une soirée de soutien aux inculpé-e-s du barrage, qui se situait à seulement quelques kilomètres de notre logement cosy. Après rencontres et discussions, j’en apprenais un peu plus sur la ZAD du Testet, lieu de résistance contre un projet à l’objectif plus que discutable et au coût plus qu’exorbitant. Je n’avais auparavant jamais eu vent de cette lutte à la Notre-Dame-Des-Landes.
Outre les réflexions collectives sur les formes que pourrait prendre la radio pour se faire outil de lutte ou plutôt outil d’éducation populaire (comme bon nombre d’entre nous a fini par le définir), le stage prévoyait de nous faire toucher du doigt les mécanismes de « l’enquête de conscientisation », outil d’éducation populaire. Nous avons donc expérimenté les prémices de l’enquête, à partir d’un sujet choisi par chaque groupe. Sur 12 participants, 4 ont choisi de se rendre à la ZAD du Testet, 2 avaient à cœur de traiter la question des violences policières. De mon côté, j’ai choisi d’emblée de mettre de côté ce type de sujets, consciente aussi que je ne pourrai pas poursuivre l’enquête après la fin du stage, à cause de la distance. Etant à ce moment-là plutôt habitée par des « questionnements existentiels », je me suis naturellement tournée vers un sujet que je considérais plus « universel », plus « poétique » mais finalement, d’une autre façon, tout aussi porteur de sens et dénonciateur, « le temps ».
A l’annonce de la mort de Rémi Fraisse, j’ai pris conscience de l’ampleur des dégâts. C’est comme si soudain, je me retrouvais devant une évidence que j’avais bêtement mise de côté : les violences policières valent le coup d’être dénoncées, encore et toujours, et les luttes valent la peine d’être relayées.
Je ne regrette pas d’avoir traité un autre sujet. Je regrette simplement de ne pas y avoir prêté plus attention, de ne pas y avoir accordé plus d’intérêt.
Brassens chantait :
« (…) Jugeant qu’il n’y a pas péril en la demeure
Allons vers l’autre monde en flânant en chemin
Car, à forcer l’allure, il arrive qu’on meure
Pour des idées n’ayant plus cours le lendemain
Or, s’il est une chose amère, désolante
En rendant l’âme à Dieu c’est bien de constater
Qu’on a fait fausse route, qu’on s’est trompé d’idée
Mourrons pour des idées, d’accord, mais de mort lente
D’accord, mais de mort lente »
Rémi Fraisse et les manifestants présents à la ZAD n’ont pas fait fausse route. Leurs idées sont plus que jamais d’actualité, ce qu’ils défendent doit être défendu. Ils ont raison de ne rien lâcher, ils ont raison de se battre. La police et ceux qui en tirent les ficelles doivent écouter les cris du peuple, tenir compte de la justesse de ses arguments et se remettre une bonne fois pour toutes en question. Et arrêter de prendre les gens pour des cons, de s’acharner sur eux, de ne répondre que par la violence. Vu le raffut médiatique que toute cette histoire a suscité, il semblerait que peut-être, ça fera avancer les choses. Il faut en arriver là pour se faire entendre ? Pour faire entendre les incohérences criantes d’un projet public ?
Mourrons pour des idées, d’accord, mais de mort lente. Et pas assassiné par la police.

E.P