editorial du 14 au 21 janvier

vendredi 14 janvier 2011 par Radio-Grésivaudan

Au risque d’indigner

Au risque de couler nous nageons entre la bien-pensance libérale et le politiquement correct rose et vert. Avoir beaucoup dénoncé la première m’autorise à me pencher sur le second. Indignez vous de Stephan Hessel est devenu un best seller dont les médias font leurs choux gras. Et quand les médias portent aux nues quelque chose le parano que je suis, toujours prompt à la ramener, se dit qu’il doit y avoir autre chose à cacher. Or, il y a peu, lorsque la gauche s’est indignée avec force gesticulations, à propos des provocations de Marine Le Pen qui n’attendait que cela pour exister, je me suis demandé si finalement la gauche savait faire autre chose que s’indigner. S’indigner des interventions policières, s’indigner sur le sort des palestiniens, s’indigner des discriminations faîtes aux minorités sensibles (comme si le je n’étais, moi, pas sensible… aux dégâts de l’ultralibéralisme), s’indigner à tout propos lorsqu’un mot dépasse, ça, la gauche elle sait bien le faire, elle en a même fait son fond de commerce, sa seule véritable activité. Pourtant dans leur monde ultralibéral Grincheux, Pento et Boutefeux par leur mépris et leur surdité ouvrent un boulevard à la gauche…qui n’a rien à proposer et continue à s’indigner sur les sujets politiquement corrects, semblant ignorer la réalité de ce que vivent les français sur le terrain. Et pourtant, si on ne veut pas en reprendre pour cinq ans, il faudra bien la regarder en face cette réalité. Cela pose un certain nombre de questions. Regarder la réalité en face n’est ce point la première condition de son changement ? N’est-il point temps d’entendre le peuple ? (cris d’indignation … « halte au populisme ! ») Et si elle était dans le politiquement incorrect la réalité plus que dans Libé et les Inrocks  ? Plutôt dans La journée de la jupe que dans Entre les murs  ? Moins dans Indignez-vous que dans Le moment fraternité* ou Eloge de la frontière* ? Davantage dans la fraternité que dans la solidarité, le local que le mondialisé, les singularités que l’universel ? Mais bon, à poser ce genre de questions on risque des réactions d’indignation. Bah, on en reprendra pour cinq ans.

S.A.

* de Régis Debray