Editorial du 28 avril au 2 mai

vendredi 25 avril 2014 par Radio-Grésivaudan

Etre ou ne pas être, telle est la question.
Curieusement, William Shakespeare accompagne mes pensées, dans cette période postélectorale dite de proximité, et qui fait de moi, un élu responsable.
Car la question en question, c’est : vaut-il mieux rester hors du système pour pouvoir le juger, exercer une certaine pression, tenter de l’influer, et ceci par l’arsenal que permet toute démocratie : manifestation, blog, débat, courrier, vote ….
Ou, faut-il s’incruster à l’intérieur pour pouvoir accéder à l’information, voter les délibérations, participer aux débats en interne, influer… au risque de perdre son âme.
Au vu des résultats des municipales à Grenoble et dans quelques autres lieux, montrant ainsi que le vote peut faire des « externes » d’hier les « internes » de demain, il semble que certains d’entre nous ont basculé vers la deuxième voie, dans l’espoir d’ouvrir les portes de « l ’intérieur » pour permettre à ceux qui agissent à « l’extérieur », de mener des actions constructives en concertation.
Vous suivez toujours ?
Et là forcément, nous (je dis nous car là haut dans ma montagne, j’en suis) sommes attendus au tournant. Nos envolées d’hier devront nécessairement se transformer en acte, sans tarder, car nous avons soit disant le « pouvoir ». Et les citoyens devront « participer » réellement.
Et c’est là que les choses commencent à se gâter.
Si je m’en tiens à mon expérience de novice dans mon petit village, le travail actuel d’élu, consciencieux et précis, tiendrait plutôt de l’investigation journalistique. Il s’agit de comprendre l’imbrication des éléments divers (règlementation, finances, partenaires institutionnels) qui conduisent à un état de fait, induisent telle ou telle décision. Il me faut d’abord connaître les mécanismes quotidiens qui permettent bon an mal an l’équilibre des affaires communales et de la vie de chacun.
Et la plupart du temps, nous ne sommes pas dans le glorieux projet politique et futuriste, mais dans ce qui fait le banal des jours (encombrants, entretien, …). Il ne s’agit pas du fameux principe de réalité qui permit si souvent de retourner la chemise, mais plutôt d’une prise en compte du réel pour être plus efficace dans l’invention d’un projet politique « citoyen ».
Ainsi se dessine en filagramme, l’essence même de la démocratie. Il ne s’agira donc pas seulement de constituer de doctes assemblées (souvent réservées à une élite), qui par un processus complexe accompagnera la politique municipale. Mais il s’agira sûrement dans un premier temps de partager le savoir nouvellement acquis, du basique au complexe, afin d’aider à étayer de manière solide tout argumentaire, dans de futurs débats citoyens. Il ne s’agirait donc pas de diffuser de l’information qui brosse dans le sens du poil électeurs comme élus, mais d’œuvre pédagogique pour dans un premier temps, transformer tout citoyen en « décideur potentiel ». N’en déplaise à tous ceux qui souhaitent s’emparer de l’idée de démocratie participative, pour servir leur chapelle idéologique ou leur intérêt personnel.
Vaste programme, chantier qualifié de pharaonique par Ariane Mnouchkine lors de ses vœux.
Finalement, de cette initiation, il m’apparait de manière détournée un peu d’espoir sur l’avenir : que certains élus frontistes ouvrent les yeux sur la réalité, sortent du fantasme asséné par leurs meneurs, et reviennent vers des positions humaines. Si eux retournent leur chemise, personne ne leur reprochera.

JM.F