Whodunit "The Thousand Women’s Revenche""

Punk Rock

jeudi 11 février 2010 par prog

Le Whodunit (Who Done It ?) est un genre de roman policier dans lequel le lecteur et l’enquêteur disposent des même indices pour résoudre une énigme. Ce style est caractéristique des romans d’Agatha Christie, du jeu Cluedo ou de la série Columbo. Quel rapport me direz vous avec ce groupe parisien formé au début des années 2000 ? Aucun en fait... Si ce n’est qu’au moins le groupe a fait preuve de recherche à l’heure de se trouver un nom sans tomber dans le pastiche ou dans la mode des groupes en "The".Au niveau des influences le groupe ne déçoit pas non plus, citant entre autres Cramps, Gun Club, Dead Kennedys, Von Bondies mais aussi Joy Division. Un groupe qui a du goût donc. ( Autoproduit - Leur contact mail / whodunit@voila.fr)

On avait découvert le groupe au moment de la sortie de la compilation La Féline et malheureusement on avait pas eu le temps de jeter une oreille attentive à leur premier effort, ce The Island Of Thousand Women à la pochette rendant hommage aux séries Z. On rattrape donc le coup avec ce deuxième album, The Thousand Women’s Revenge, au titre évoquant toujours les films grindhouse et à la pochette très riot girrrls. Signalons qu’entre temps le groupe a fait le choix de s’auto-distribuer en s’appuyant sur leur réseau tissé au fil des concerts. Une raison de plus de parler d’un groupe qui sur le papier est plus qu’attachant. Restait à convaincre les auditeurs que nous sommes.

Premier constat, l’album comprend 16 pistes pour 38 minutes, pas de firitures donc. Ensuite, la production de Lucas Trouble, ancien clavier des géniaux Vietnam Veterans (ses Kaiser Studios devenant la mecque du rock parisien underground) sied à merveille aux compositions rageuses des Whodunit. Didier le chanteur semble habité par ces morceaux de garage punk, à l’énergie débridée, son timbre de voix évoquant parfois Ian Curtis et Lux Interior, avec une pointe d’accent frenchie mais qui s’oublie très vite. Ce qui fait la force du groupe c’est le talent de chacun de ses membres, on est pas en face d’un groupe de punk rock de plus masquant derrière trois accords leur absence de créativité. Bien au contraire, ces gars là savent jouer et ça se sent. Ainsi même si on sent que les Whodunit ont biberonné jusqu’au sevrage du punk rock, les guitares surf dignes de Link Wray ou Dick Dale qui parsèment la plupart des morceaux déclenchent souvent l’enthousiasme ("Baby Doll" ; l’intro de "Mrs Black Murder Party" sur lequel Lucas Trouble joue -remarquablement - du clavier) apportant le petit plus qui fait la différence. Bien sur, tout n’est pas parfait notamment quand le groupe se fait trop révérencieux de ses ainés et peinent donc à sortir de l’ombre de ses influences qu’il s’agisse des Cramps ("Frankestein") ou de Joy Division ("Lost In Lust"). A contrario, quand le groupe lâche le frein à main cela devient très vite jouissif : "Crazy Day", "Green Starlight" sont de pur concentrés de punk rock high energy avant une deuxième face d’album de haute volée. Ainsi maniant l’art du break à la perfection ("Whodunit" ; "Don’t Be Afraid" ; le saccadé "Who’s Who"), et lorsqu’ils laissent les guitares se débrider totalement ("Pharaoh’s Gold" ; "Eyes Wide Shut" ou encore "Bloody Mary"), les Whodunit n’ont pas grand chose à envier aux productions anglosaxonnes. Synthétisant tout cela, "Throbbing Ghosts And Walking Shadows", sonne comme le morceau que n’écrira jamais Green Day et consorts. Le groupe fait également avec "The Love Song" le pont avec les productions Alive Records : sur une rythmique plus lente et surtout pesante et des riffs saignants, le groupe ose un morceau plus massif (et dépassant la barre des trois minutes), une voie que l’on espère voir le groupe prendre plus souvent à l’avenir, tant le résultat retient l’attention.

Alors bien entendu, il ne s’agit pas là de l’album de l’année, mais dans un genre mille fois ressassé (comme le garage rock ma foi), les Whodunit propose avec The Thousand Women’s Revenge un album brut de décoffrage qui devrait plaire tant aux amateurs de punk rock à l’ancienne qu’à ceux, comme nous, qui de temps à autre aiment s’envoyer un pur shoot de rock high energy. Si malgré nos préjugés (on apprécie que modéremment le punk rock) ce disque a pu trouver grâce à nos yeux, gageons qu’il en soit de même pour vous. En tout cas les Whodunit démontrent avec Les Norvins, Sheetah & The Weissmuller, Guttercat & The Milkmen ou The Rebels Of Tijuana entre autres, que la scène rock française mérite bien plus que l’anonymat dans lequel elle est confinée sans compter le dédain avec lequel elle est trop souvent traitée. Il y a une vie après les BB Brunes...