SAULE "werstern"

Chanson Belge

jeudi 5 février 2009 par prog

Le saule est peut être pleureur, fragile, cendré, herbacé, pourpre ou blanc. Préfère les sols légers et humides, et possède une écorce dont les vertus curatives sont connues depuis l’Antiquité. Tout le monde aime le saule, à la fois familier et énigmatique, simple et esthétique. Ce n’est donc pas un hasard si le chanteur dont nous allons parler ici, s’est choisi ce judicieux sobriquet. Pour le double sens (saule, l’arbre, se prononce comme « soul », l’âme) mais aussi pour l’ambiance boisée qui se dégage de ses chansons. Le bois de sa guitare, les racines de sa musique, entre folk, rock et blues.

Saule, le chanteur, alias Baptiste Lalieu, a grandi dans le plat pays de Brel, entre un papa belge fan de Frank Zappa et de Led Zeppelin, et une maman sicilienne amoureuse de Barbara et de Gainsbourg. Un shaker musical qu’il a vite épicé de ses propres découvertes, du rock hardcore à l’electro dance-floor. Car Saule est un véritable boulimique de musique. Aujourd’hui encore, il amasse les disques chez lui avec la frénésie d’un entomologiste en quête de la découverte rare. Comme il dit, « aucun style ne me rebute, pourvu qu’il m’émeuve ».

A une époque, Saule hésitait entre devenir dessinateur de bande dessinée, comédien de théâtre ou star de rock. Entre deux cours au conservatoire d’art dramatique de Bruxelles, il joue dans un groupe punk, découvre Jeff Buckley (il ira jusqu’à s’acheter la même Telecaster blanche que son héros) et commence à écrire des chansons. La première parle d’un arbre, un saule évidemment. Un temps lassé de la distorsion et des décibels, notre Saule en solo cultive guitare acoustique et rimes douce-amères. Son premier album, intitulé « Vous êtes ici », au printemps 2006, lui apportera un début de notoriété au delà des frontières de la Belgique. On remarque vite ce grand gaillard aux allures juvéniles et au timbre candide, qui égrène sur des tempi de bossa sensuelle et des volutes de cordes en nylon des histoires de dame pipi poétique, de baisers étoilés, de bal des timides et de moineaux épatés. D’autant que Saule n’est plus seul, il a trouvé un groupe, baptisé, il fallait y penser, les Pleureurs. Un orchestre, un vrai, septuor convivial de musiciens à l’énergie débordante et aux instruments interchangeables. C’est dans cet équipage qu’il est remarqué par Franco Dragone, le metteur en scène du Théâtre du Soleil et le scénographe de Céline Dion et Sting. Voilà Saule et ses potes sous les spots, enthousiasmant des salles de six mille personnes.

Aujourd’hui, Saule publie enfin son deuxième album. Boisé comme le précédent, mais au feuillage plus ample, plus touffu. Sous la houlette du réalisateur Seb Martel, le voilà qui étoffe ses sous-bois mélodiques : ici, un zeste d’Ennio Morricone, là des effluves africaines ou jamaïcaines, ailleurs des arpèges qui fleurent bon les seventies folk ou des guitares mordantes qui rappellent le groupe Calexico.

Le disque s’intitule « Western », mais rien à voir avec une chevauchée poussiéreuse de fringants cowboys. Plutôt une suite de contes, romantiques ou cruels, nostalgiques ou passionnés. Avec, comme constante caustique un art consommé de la chute inattendue. Et de l’observation attendrie de ses contemporains : amoureux sur les bancs pudiques (« Western »), clochard sur la voie publique (« Petite misère »), enfants turbulents et mal aimés (« Sidonie », au départ écrite pour faire plaisir à une admiratrice ainsi prénommée). Il y a des duos, avec Dominique A... en personne (« Personne », magnifique ode à la solitude) ou avec Sacha Toorop, concitoyen à l’émotion souriante qui évoque Henri Salvador (« Désert »).

Dans ce western bourré de tendresse et de caresses, il y a des chansons d’amour enflammées (« Comme un nuage »), des lettres de rupture jamais terminées (« Rupture ») et des visions d’avenir serein (« Futur », sorte d’équivalent français au « When I’m 64 » des Beatles). Il y a le baiser d’une maman sur nos joues mouillées (« Saule 2 ») ou la berceuse angoissée d’un papa ému (« Bienvenue ») ; et puis aussi des fanfares pour faire la fête (« Nanana »), et même la reprise d’un vieux tube du britannique Black, « Wonderful life ».

Un disque à la frondaison luxuriante, aux branches verdoyantes et aux ramures ombragées. Décidément, on est bien sous le grand Saule.