Chers amis, chers auditeurs, chers confrères

mercredi 7 janvier 2015 par Radio-Grésivaudan

Il n’y a pas de mots capables de qualifier ni les actes de ces pauvres cons ni la trace que laissera en nous cette sauvagerie lâche, idiote, stupide. Il n’y rien d’ailleurs rien à comprendre : il faudrait avoir atteint les abîmes les plus sombres de la bêtise humaine pour y comprendre quelque chose. La seule chose que j’ai comprise depuis hier c’est le sens de l’expression " avoir froid dans le dos ". C’est littéralement ce frisson glacial qui me parcours l’échine, comme un couteau planté là par un sinistre crétin dont la lâcheté n’a d’égale que la bêtise. Parmi les disparitions des plus illustres représentants de notre culture joyeuse et libertaire, voire libertine, à l’image d’un Wolinski, celle de Brassens m’a laissé orphelin d’un amoureux aux yeux de malice qui m’avait appris à manier ma langue ; celle de Coluche m’a laissé anxieux du manque à venir pour la société d’un être aussi généreux et sans concession dans le paysage humoristique français. Le massacre du 7 janvier 2015 m’a d’abord laissé KO, sans voix, incrédule, abasourdi. Puis sont venues les larmes, mêlées d’admiration et d’un profond respect devant la dignité, le courage et la réponse quasi instantanée des proches, familles, amis et confrères des victimes. A commencer par Elsa Wolinski, la fille du dessinateur qui poste presque immédiatement sur son blog une photo du bureau de son père avec la légende : " Papa est mort, pas Wolinski ". Et puis je partage la douleur de Patrick Pelloux et j’écris comme il l’a dit ce matin sur France Inter, avec mes larmes. Enfin j’embrasse chaleureusement et fraternellement Sophia Aram, et je salue la qualité et le courage de sa chronique. J’ai aussi envoyé un sms de condoléances à mon frère qui soutient nos confrères et amis satiristes, humoristes et journalistes par un geste simple qu’il fait chaque matin en sacrifiant parfois un euro qu’il n’a pas : acheter la presse. Il n’est pas nécessaire je crois d’évoquer ici la religion ni quelque idéologie que ce soit. Seule l’ignorance, la bêtise et la haine gouvernent un tel geste. Je vous emmerde bande de cons ! Je suis Charlie !

Sylvain Rodinson, président, pour radio Gresivaudan