Kill For Total Peace

Inclassable

lundi 7 décembre 2009 par prog

Il était attendu, ce premier album de Kill For Total Peace, tant les morceaux issus de leur Myspace avaient suscité l’enthousiasme, à commencer par ce Psychopedestrian de folie qui augurait du meilleur en termes de productions discographiques, sans oublier des prestations live déviantes et captivantes.

En outre, le groupe est hébergé par Pan European Recording, label de Romain Turzi, ce qui constitue incontestablement un gage de qualité plus que fiable (jugez donc : Aqua Nebula Oscillator, One Swith To Collision, Koudlam, entre autres formations passionnantes et décalées, évoluent sous la houlette de ce label). Et comme le dit si bien l’actif et ingénieux Romain, « ce disque va vivre et vous foutre la raclée que vous méritez ».

Etourdissant, sonique et psychédélique, ce Kill For est en effet un patchwork sans failles, aux influences méconnaissables, perceptibles uniquement aux détours de certains morceaux, et parfaitement réinvesties dans le cadre d’une identité complètement personnelle, à l’image d’ailleurs de ce que les collègues de label de Kill For Total Peace mettent également en place.

L’effet se fait sentir dès le début de Captain America, les motifs instrumentaux créant une forme d’obsession par leur répétition, tandis que le chant, digne d’un Iggy ou de Suicide, se pose comme le parfait complément de ces rythmes incoercibles, presque martiaux, et de cette trame sonore aussi opaque que spatiale. L’entrée en matière est donc concluante, et Elevator Love, plus court et plus vif, très « souterrain » dans le chant, doté de fulgurances sonores du plus bel effet, affirme et confirme le côté unique, noisy comme il le faut, et entièrement abouti, des compos des parisiens. Ceux-ci montrent d’ailleurs sur le titre suivant, Fuck Dreams, qu’ils peuvent alléger leur propos tout en restant dans une qualité optimale. Ce morceau, acoustique et légèrement troublé par des sonorités moins pures, apporte en plus de cela la preuve que Kill For Total Peace, bien que délibérément instinctif et voué à l’expérimentation, pense sa musique avec minutie et parvient à composer des titres aussi variés dans leurs humeurs qu’imparables à l’écoute. Sunshine, mid-tempo s’élevant haut dans les cieux, parfait reflet de cette forme d’opposition entre élans aériens et mur du son presque impénétrable, illustre bien cela, puis Le Jeu d’Echecs, basé sur un rythme électro, offre un voyage mental intense et éprouvant, exigeant certes mais qui une fois l’effort d’acclimatation fourni, incite à réitérer l’expérience à l’envie. Chaque chanson possède une identité très forte, ce dont résulte donc un album de caractère, insoumis, n’obéissant à aucune norme précise si ce n’est celle liée à l’inspiration de ses géniteurs, et même sur les plus posées, comme 50 Seconds, K.F.T.P. envoûte et invite à une forme de transe mentale irrésistible, ou à un état intermédiaire, proche de la schizophrénie, dont on souhaite à l’arrivée ne plus se départir.

Le groupe peut se permettre d’étirer ses morceaux, d’en accentuer la portée, d’en modérer la vitesse d’exécution ou au contraire d’en hausser le rythme (Total Fuzzzzzzzzzz, le bien-nommé) ; toutes les audaces lui sont permises et il retombe toujours sur ses pieds, malgré des loopings sonores audacieux et parfaitement en place.

Ancré dans un psychédélisme « daté » dans le sens où il trouve ses origines dans une époque révolue (mais, il faut le souligner, régulièrement réhabilitée, de nos jours, par des formations souvent habiles dont Kill For Total Peace pourrait en toute logique devenir le chef de file), mais entièrement actuel et faisant le pont avec adresse entre ces différents temps (Residance, lancinant et donnant aux Franciliens des allures de Suicide des temps modernes), Kill For est une pièce maîtresse de la production hexagonale, et internationale, de cette année 2009, et éclabousse de sa classe une concurrence qui va désormais devoir suivre et tenir la cadence.

Et comme l’opus prend fin sur un Kill For parfaitement représentatif de son esprit, linéaire et pourtant riche d’un pouvoir de séduction énorme, vivace et perçant, qui nous tient en haleine sur près de huit minutes, il va sans dire que ce disque à la pochette colorée, qui résume fort bien le procédé du groupe (une sorte de mosaïque d’aspect improvisé et pourtant parfaitement agencée), dépasse les espoirs engendrés à ses débuts, et ne nous donne qu’un seul regret, négligeable ; que le fabuleux Psychopedestrian n’y ait pas été inclu.

Peu importe, le contenu est tel que même l’absence d’un tel titre ne peut suffire à en altérer la valeur. A ne pas rater.