Gilbert et ses Problèmes "En Transit"

Ska Punk

vendredi 23 juillet 2010 par prog

Gilbert est un groupe punk-rock. Mais pas que. Chez Gilbert, on a toujours aimé mettre un peu de ska ou de reggae dans la soupe. C’est plus goûteux, plus chaleureux, mais tout aussi revendicatif.
La première référence qui vient à l’esprit lorsqu’on écoute cet album, c’est à l’évidence Bérurier Noir. Gilbert Et Ses Problèmes partage avec le groupe culte français un sens aiguisé de l’écriture et surtout, le saxo de Dim rappelle étrangement celui de Masto, plus que celui de Pascal Kung-Fu, encore qu’une autre influence incontestable soit celle de Molodoï, l’autre groupe de François Béru, et de Pascal Kung-Fu donc.

Bref, le son de Gilbert est résolument punk et le sifflement du sax minimaliste est justement ce qui lui donne un son tellement proche de l’esprit des grands groupes français de l’ère alternative fin 80’s/début 90’s. Ça pousse au cul, c’est gorgé d’énergie, ça envoi le bois, et quand ça se met à skanker, ça flatte les écoutilles.

Le principal reproche qu’on pourra faire à En Transit, c’est justement parfois le manque de variations rythmiques, l’uniformité qui se dégage un peu de l’ensemble, la trop grande ressemblance d’un titre par rapport à celui qui le précède ou celui qui le suit. Tout est rapide, tout est rentre-dedans, tout semble un peu trop systématique. Et pourtant, c’est justement pour ces mêmes raisons que nous étions quelques milliers à apprécier les Sheriff, pour citer un groupe du cru. Alors oui, la redondance est à la fois l’allié et l’ennemi du punk. Ennemi parce qu’elle peut tantôt conduire à l’ennui, allié parce que le terrain est balisé et que le public n’est jamais pris à rebrousse poil.

Pourtant, les titres s’enchaînent avec style. « Souvenir » par exemple est d’une redoutable efficacité, avec un break balloche façon Mano en plein milieu, tout comme « En Transit » qui la joue punky reggae sur la fin. « Blind Drunk » sonne même franchement psycho et « Le Bar Des Pauvres » est résolument ska-punk, à la française, beaucoup plus proche de Camera Silens que de Mad Caddies, et là je dis banco, car sur près de la moitié du skeud, Gilbert réussit à se décoller du strict crédo punk-rock.

Je dis banco aussi à ce début d’album irréprochable, avec une intro magnifique, suivie de près par « Sans Etiquette », vindicative et enragée, et surtout le hit du disque : « Crois-Tu Pouvoir M’échapper ». Des paroles ciselées, un beat punk avec ce qu’il faut de skanks, un contretemps métronomique, et une grosse guitare qui bute. Quand Gilbert Et Ses Problèmes joue à ce niveau, on est clairement dans la cours des grands. Pour leur prochain album, il faudra juste qu’ils éclaboussent de ce talent le reste de leurs compos et là, pas de doute, ils s’approcheront des sommets.

En plus, avec un gros travail sur la pochette et le livret classieux, Gilbert rappelle qu’indépendance et production de qualité n’ont aucune raison de s’opposer. Franchement salvateur dans une période où trop de kids oublient que la musique passe aussi par un support physique et chaleureux, que ce groupe a eu ici la bonne idée de chiader bien comme il faut.