FREDO VIOLA "the turn"

inclassable

mercredi 18 mars 2009 par prog

Le calendrier est moqueur : c’est dans ce numéro best-of de 2008 qu’on chronique en avant-première le grand disque de 2009. Comme Radiohead, Bloc Party ou The Raconteurs, le songwriter Fredo Viola a en effet suivi la tendance en publiant en deux temps son album The Turn. Avant ce qu’il est désormais convenu d’appeler sa sortie physique, prévue pour le premier trimestre de l’année prochaine, voici donc ce premier album dévoilé sous sa forme digitale quelques jours avant noël – douze morceaux certes virtuels, mais qui méritent d’emblée leur place sous tous les sapins du monde.

Car la flamme que laisse deviner les premières écoutes de ces folk-songs sans étiquettes promet d’être olympique : Fredo Viola, derrière son drôle de patronyme, n’est rien de moins que le nouveau Sufjan Stevens. Soit un compositeur hors-pair, initialement passionné de cinéma et d’images (le jeune homme gagne sa vie en réalisant des publicités pour l’Oréal), de montages vidéos et de collages visuels (voir son époustouflant site internet, ainsi que les huit travaux graphiques que réunit par ailleurs The Turn). Et qui chante aujourd’hui comme tous les Choristes réunis, mais en beau. Car il a beau être seul, Viola chante comme une chorale, et ce, dès le premier morceau, un époustouflant The Sad Song qui nous fait perdre nos qualificatifs en trois minutes : on pense à un trésor caché de Sígur Ros enregistré dans le désert de Namibie, à la fonte des glaces déplorée par Thom Yorke, à un générique de film à vous faire chialer dans le pop-corn.

A la fois traditionnelle et bricolée, la musique de Fredo Viola se révèle aussi rétro et futuriste – si Red States n’aurait pas détonné sur le chef d’œuvre Smile des Beach Boys, The Original Man pourrait émaner du cerveau déjanté de Kevin Barnes d’Of Montreal – et nul ne s’étonnera d’apprendre le béguin de Massive Attack pour ces chansons à couchettes. Celui qui avoue s’être “passionné pour les compositeurs russes de musiques assez sombres…” agence ici la nouvelle bande originale de la nuit, boudant cependant les schémas classiques (sur Ether, Viola est accompagné d’un violoniste 6 six ans). Et offre dès aujourd’hui un suffixe à son disque : The Turn n’est ni plus ni moins qu’un tour de maître.