Editorial du 9 au 16 janvier : En être arrivé là.

lundi 19 janvier 2015 par Radio-Grésivaudan

 



En être arrivé là.
Cette ligne sensible, entre l’humanité et la barbarie, franchie.
Pitoyable échec d’une société : échec éducatif, échec social, échec moral.
Et maintenant…
Sommes-nous suffisamment fort pour que la spirale infecte ne s’enclenche. La violence appelle la violence ? Le clivant dissout ce qui unit ?
L’Etat policier ? Ou l’Etat fédérateur et coopératif ?

En être arrivé là.
Cribler de balle les caricatures.
La violence. L’au-delà de l’humain.
Faut-il que l’on taise à coup de kalachnikov, les voix qui s’élèvent d’un trait précis et virulent, pour que l’on explique sur toutes les ondes que l’excès des caricaturistes, c’est pour rire. Un peu comme quand on jouait à la guerre dans les caves avec des pistolets à eau et qu’on en rajoutait.
Vous entendez ! Vous que les laveurs de cerveau ont transformé en bête de somme du combat à balles réelles. Pour rire ! Pour prendre de la distance avec l’insupportable, et regarder son impuissance avec détachement.
Rire des excès de tous poils. Cet acte salvateur qui reste la seule issue quand la rage rend malade. Cet acte qui ne tue pas, mais qui sauve. Au contraire !
Je me souviens.
Fin des années 70, mes idéaux d’un monde juste et émancipé se heurtaient au dérisoire des cours que l’école normale d’instituteur proposait alors. Ma « carrière artistique » a commencé là, en croquant l’ubuesque des situations, me procurant alors une très locale célébrité, dans un monde nourri de Charlie, d’Hara Kiri, des dessins de Reiser et consorts. Mes maîtres. Le grand Duduche inspirant mon personnage récurant au jean retroussé, les mains dans les poches. Jusqu’aux grandes grèves de 95, défiant le droit de réserve de rigueur dans notre profession, j’ai croqué avec excès, pour les potes, pour un journal syndical, l’inacceptable d’un système éducatif pétri de rigidités et de faux semblants, …laissant sur le carreau des pans entiers de notre société. Manque de moyens, manque de tout… En 1990, nous disions : si nous ne mettons pas les moyens pour transformer l’école en profondeur, nous laisserons la barbarie occuper le terrain. Nous pensions aux banlieues à la limite de la rupture. En être là.
En rire malgré tout. En rire jaune, de dépit.
Comme Cabut, Wolinski, Charb, Tignous, Honoré,……..

Le hasard. Je lis en ce moment le très bon livre de Lydie Salveyre « Pas pleurer », qui ausculte la raison humaine dans les déchainements de tous bords pendant la guerre d’Espagne. Les massacres pour faire taire.
L’impasse totale. Pas de salut collectif sans l’échange, la discussion, la bienveillance et ceci quelles que soient nos convictions. Jamais nous ne nous tairons. Inutile de nous tuer.
Et maintenant.
Deux défis gigantesques.
Face à l’intolérance, continuer à mailler le pays d’une vie coopérative, associative et participative.
Pour l’Etat, réinvestir les territoires abandonnés socialement, économiquement, éducativement.
Et faire un gigantesque doigt d’honneur à la rigueur et aux dictats financiers.

JM.F