Editorial du 4 au 11 novembre

jeudi 3 novembre 2011

Parti en fumée, le local de Charlie ! Cramé, dévasté, molotovisé.

La une à laquelle on a failli échapper cette semaine ? Un Charlie Hebdo rebaptisé Charia Hebdo par Mahomet, nommé rédacteur en chef pour l’occasion, qui annonce la couleur : « 100 coups de fouet si vous n’êtes pas morts de rire ». Bon. C’est du Charlie tout craché, ça. Yen a qu’aiment, et pi yen a qu’aiment pas (ça c’est Monsieur Claude Guéant qui l’a dit). Yen a qu’appellent ça de la provoc, d’autres de la liberté d’expression. Peu importe comment on appelle ça, si on aime ou si on n’aime pas, c’est pas plus choquant que ce qu’on a l’habitude de voir chez Charlie. Leur marque de fabrique c’est l’humour, trash souvent, sans limite, tout le temps (enfin presque, car il ne faut pas oublier l’éviction manu militari de Siné en 2008 pour motif d’antisémitisme, sous Philippe Val). Jusque là, les caricatures un peu limites sur la religion se soldaient par des procès, mais apparemment cette fois, on a préféré avoir recours à la violence. Et comme toute forme de violence, ça ne sert à rien, ça pourrait même faire monter la sauce. Et ouai, encore des islamistes qui viennent mettre leur grain de semoule dans notre bien joli pays ! Toujours les mêmes qui mettent à mal la démocratie ! Vite, faisons l’amalgame ! Jetons tous les musulmans hors de France, et puis tant qu’à faire, tous les arabes, et puis tiens, tant qu’on y est, n’oublions pas les sans papiers, les noirs, les étrangers, les prostituées ! Ils sont des dangers potentiels pour notre démocratie ! La preuve, ils ne se plient ni à nos codes ni à nos lois ! Ils brûlent nos journaux ! Ils bafouent la liberté d’expression ! Cette liberté que l’on défend bec et ongles, ici, dans notre pays ! Cette liberté qu’on arbore fièrement ! On a fait une révolution, nous, pour l’avoir, cette liberté ! Et ils tuent des moutons dans leurs baignoires, en plus !

Effectivement, vu comme ça, c’est pas top d’avoir tapé dans la liberté de la presse. Mais le pire, c’est qu’on ne sait pas qui a balancé ces soi-disant cocktails molotov. Les médias parlent d’intégristes musulmans, mais a priori personne n’a été interpellé, seuls deux hommes auraient été aperçus a proximité... Et puis d’abord, c’est quoi un islamiste ou un intégriste musulman ? Un mec isolé un peu dérangé qui crie Allah Akhbar en cramant un truc ? Une racaille qui se cherche une identité ? Un afghan entraîné dans les montagnes envoyé par Al Qaïda ? On ne sait même pas ce que c’est qu’un islamiste mais on est persuadé que c’est encore l’un d’eux qui a fait le coup. Et la présomption d’innocence, comme pour DSK ? Alors OK, c’est peut-être les islamistes, les coupables, mais tant qu’on n’en est pas sûr, on ferait mieux de se taire et de réfléchir. Pas comme notre Ministre de l’Intérieur, qui n’a évidemment pas pu s’empêcher de prendre le problème à bras le corps, si engagé qu’il est en faveur des libertés, et de placer que les intégristes chrétiens (comme les qualifie le journaliste qui l’interroge à ce propos), protestent, expriment des opinions, mais ne brûlent pas. Eux. Alors que là, on a à faire à un attentat. Et comme par hasard, le mot attentat, depuis 10 ans, on le fait facilement rimer avec islamisme.

Alors voilà, tout ça pour dire que ceux qui ont incendié les locaux de Charlie, bah ils sont un peu bêtes. D’une parce qu’ils ont osé toucher à la sacro sainte liberté de la presse, et ça ça sent pas bon pour leur matricule, et de deux parce que s’il s’agit bien d’islamistes ou du moins de musulmans intégristes, ils ne font qu’envenimer une situation déjà difficile pour les musulmans de France (et les arabes, et les étrangers, et les prostituées, et les noirs, et, et, et...). Une aubaine pour ceux qui souhaitent alimenter les peurs à l’approche des élections...

E.P