Editorial du 4 au 11 mars

vendredi 4 mars 2016 par Radio-Grésivaudan

Beaucoup d’entre vous, chers zauditeurs de Radio Grésivaudan, pourraient s’étonner du silence de votre radio sur un évènement d’envergure internationale, évènement essentiel pour la promotion de la ruralité post-moderne et pour l’exaltation des activités céréalières, ovines et bovines, telles que déployées sous la houlette bienveillante autant qu’intéressée du Président Xavier Beulin, dont la silhouette fermière émeut jusque dans les foyers modestes des vallées alpines, des bocages et des pénéplaines. Radio Grésivaudan absente du salon de l ’Agriculture, cela mérite explication.

 Vous avouerai-je qu’un instant j’ai pensé me rendre à la porte de Versailles. Idée vite abandonnée car qu’aurais-je pu apporter d’intéressant, de nouveau, concernant une manifestation qui est plus un salon des prétendants et des cryptos-sortants que celui des Marguerite, des Germaine et des Fernande. Car il faut bien constater que, lors des reportages, les animaux sont plutôt défavorisés au profit des diverses éminences en quête d’onction agricole, à part quelques gros plans sur des mufles luisants et des truies maternantes. Chaque prétendant aux plus hautes marches du royaume y va de sa réflexion profonde, de son bon mot, voire de sa grossiéreté, l’essentiel étant que l’on parle de lui . « Vu à la télé » comme le yoghourt « Bruno » : « Le renouveau c’est Bruno ! »
Et si , pour une fois, on interviouvait les animaux ? Problème : comment les faire parler ? Quelle que soit la méthode recherchée, il faut bien convenir que le risque de l’anthropomorhisme est réel. Même ceux qui s’y sont essayé n’y ont pas échappé, de La Fontaine à Louis Pergaud, en passant par Benjamin Rabier. Alors ? Chercher, peut-être en direction de l’empathie, cette sorte de communication silencieuse dont je peux témoigner qu’elle rend possible des échanges fructueux entre un homme ( ou une femme) et une bonne laitière. Regardez droit dans les yeux une Rouge flamande ou une Bleue du Nord et vous y lirez autant de différence que lorsque vous regardez dans les yeux François Fillon ou Monica Belluci . Et si vous faites l’effort de vous ouvrir, d’abandonner toute résistance, alors vous atteindrez ce moment inoubliable où ce regard que d’aucuns disent bovin, vous révèlera toute la richesse d’une histoire où se mêlent l’odeur du foin coupé, , la mise bas du premier veau, la douceur de la main de la fermière sur le pis gonflé, la rumination silencieuse d’une herbe fourragère d’exception, et, le soir venu, la libération d’une belle grosse bouse, à rendre jaloux le poney du pré voisin.
Voilà ce que l’on nous censure au salon de l’Agriculture , cette richesse silencieuse qui, dévoilée, enrichirait cette triviale manifestation où s’expose, impudique et totalitaire une agriculture destructrice où l’homme et l’animal sont sacrifiés aux mutinationales de la mal’bouffe. En ce qui me concerne jamais je n’oublierai la Jacqueline , une magnifique Salers aux yeux bleus ourlés de longs cils bruns. Ce qu’ils me racontaient en silence encore aujourd’hui m’émeut, que dis-je m’émeut, disons plutôt m’émmmeuhh !
A la prochaine,

MA