Editorial du 3 au 10 avril

vendredi 3 avril 2015 par Radio-Grésivaudan

Des élections .
Voter encore une fois et continuer de marcher, malgré tout. Sans illusion.

Entendre alors, dans le mot illusion, non pas la part d’utopie, d’espoir, mais :
- ce fossé vertigineux qui se créé entre la réalité et ce que l’on imagine faire.
- la faible valeur « universelle » de ce que l’on croit primordial.

Ces illusions
Celles des gouvernants qui s’enferment dans leur logique d’adaptation aux lois du marché, aux lois des médias, aux critères qui permettent, avec ténacité, de gravir les échelons du pouvoir et qui défendent leurs actes avec véhémence. Et le silence qu’ils imposent au peuple grec qui avait choisi l’audace.
Celles des profiteurs, des gagnants du jour, des spéculateurs shootés qui, nourris aux éclats du gain, en ont perdu tout sens humain et tout appétit du sensible. Et les diktats qu’on érige sur leurs paris sordides.
Les nôtres, qui croyons, de temps en temps aux mots, et qui, les saisissant au vol, échafaudons sans fin des avenirs qui se synchroniseraient à nos aspirations. Et l’impuissance à changer le cours des choses…
Celles des bavards qui portant la voix des autres, le temps d’une campagne, s’éteignent dès lors que leurs mains se salissent et que l’obstacle fait courber les idéaux.
Celles des portes paroles aux bonnes intentions, leurs rendez-vous manqués.
Celles que nos pensées génèrent, fondues dans la paresse du confort.
Celles de nos frères et sœurs qui ont cru, par delà les frontières, trouver ici l’hospitalité.
Les leurs, les silencieux , qui s’abstiennent, pensant échapper par leurs actes individuels, au destin collectif.
Les leurs, …
Les leurs. Eux que je ne comprends pas, tant ma langue et la leur manquent d’imaginaire commun. Une langue étrangère à la mienne, un français primaire impénétrable pour ma pensée et mes sens, dont je perçois l’embryon, quand la rage me fait intempestivement, moi aussi, basculer du « côté obscur de la force ». Un langage effrayant qui me laisse au seuil de toute bienveillance.

Lundi 30. Il pleut, à verse, comme pour laver la terre des tristesses profondes, dans lesquelles me plonge cette apnée collective.
Et on s’étonne alors que les écrivains, les artistes se taisent…
Quelle allégorie, quelle prose inventer ce jour, quand auparavant, toutes les formes ont été déclinées pour que cesse la chute. La créativité défaille et n’y suffit quand les manipulations des brutaux gagnent l’adhésion instinctive des humains. L’Histoire nous l’a conté.
Nous imaginions y échapper.
Quelle illusion.
Mais continuer de marcher, malgré tout. Car il le faut bien.
Et juste sentir l’empreinte du pas ancré dans le sol. Et s’appuyer dessus de toute ses forces pour construire le pas suivant.

JM.F