Editorial du 28 novembre au 5 decembre

vendredi 28 novembre 2014 par Radio-Grésivaudan

A l’issue d’une journée marathon à gérer les multiples aspects de la vie communale, j’apprends qu’au nom de l’Austérité (érigée en terme de valeur Politique), les dotations faites aux communes subiront une baisse si significative que les petits villages n’auront probablement plus la capacité de fonctionner correctement et encore moins d’investir. Dans le projet gouvernemental, il est fait état d’une vague et légère compensation sous forme d’appel à projet subventionné. En terme clair, si vous voulez vous en sortir, marchez donc sur la tête des autres.
Et donc, un peu las, mon français sec comme un cotret, je me détourne de mon fichier Word vierge en attente de mon mot mensuel et je m’installe devant le dernier film des frères Dardenne : « deux jours, une nuit ». Limite masochiste…
Pour faire court : une petite entreprise en crise propose aux employés, par un vote, de choisir entre le licenciement d’une des leurs (avec prime pour chacun à l’appui), ou de garder cet emploi avec le risque de faire couler la boîte . Certes cela frise la caricature, certes c’est La Cotillard (sur payée sur médiatisée) qui campe, fort bien à mon avis, cette femme qui tente en un weekend d’inverser le choix de ses collègues qui, eux, ont choisi la prime et le licenciement. Mais bon, cette femme, rendue responsable de tous les maux, quêtant sa dignité dans la considération des autres, m’a touché.
On l’oublie à force de les entendre, ceux qui nous demandent de comprendre les efforts consentis, ceux là mêmes qui dirigent le monde dans lequel nous vivons aujourd’hui : ils nous rendent responsables des maux qu’ils ont eux-mêmes provoqués.
De quoi est responsable l’ouvrier à qui on demande choisir si il faut licencier ou pas un collègue pour raison économique. La crise, nous n’en sommes pas responsables !
De quoi est responsable le citoyen, à qui on demande d’être bio et écolo et qui pour raison financière tourne au diesel, à Lidl et Amazon, et vit dans une maison mal isolée.
De quoi est responsable l’élu, qui promet de faire au mieux, et qui devra laisser pourrir la situation faute d’argent.
De quoi est responsable l’acteur social qui doit chaque année faire plus avec moins, et dont l’implication nécessaire pour travailler au quotidien, le conduit à ne jamais lâcher le morceau, dut-il y laisser sa santé.
De quoi est responsable le travailleur ? De générer des charges ?
De quoi sont responsables les vieux, les enfants, les malades, les handicapés : de vivre ? de ne pas s’effacer ? de « coûter » ?
De quoi sont responsables les étrangers ? D’avoir choisi la France ? Nous devrions en être plutôt fier !
Oui, je suis responsable et heureusement ! Des liens que je tisse, des compromis que je fais avec mes idéaux pour accepter le quotidien, de mes faiblesses et de mes actes de courage.
Oui nous sommes responsables des actes que nous posons, même infimes, chaque jour, pour empêcher que la gangrène obscure de l’intoxication verbale, du fascisme latent, de la « dé-éducation » ne gagne du terrain irrémédiablement.
Oui, nous sommes responsables des résistances affirmées, de notre fierté à les exprimer, de notre capacité à nous en sortir sans marcher sur la tête des autres, du regard bienveillant que nous portons sur ce qui n’est pas nous.
Mais nous ne sommes pas responsables des mesures d’austérité prises, du chômage et de ses conséquences humaines, des discours toujours plus virulents pour nous faire comprendre qu’il n’y a pas d’autres solution, de l’utilisation de la force pour donner corps à ces discours.
Ni des manigances et compromis de couloirs, des petits arrangements entre amis qui permettent l’exercice durable du pouvoir.
Les responsables de la crise ont été identifiés dans un nombre conséquent de livres et d’articles. Monsieur Hollande savait très bien que s’il ne s’attaquait pas au pouvoir financier, il n’y avait pas de solution à la crise. Il savait qu’il était condamné à influer sur la racine des problèmes, dut-il y aller seul, dut-il se griller : remise en question du traité de Lisbonne, taxation des transactions financières, réelle réforme bancaire,… s’il voulait enclencher la suite de ses 60 propositions.
Il voulait être élu, moi président, fusse au prix du mensonge.
Il est de la responsabilité des français de lui demander un bilan honnête.

JM.F