Editorial du 28 juin au 4 juillet

samedi 28 juin 2014 par Radio-Grésivaudan

N’était l’attachement sincère et profond qui me lie depuis des lustres à Radio-Grésivaudan et à son bien aimé directeur, j’aurai volontiers renoncé à editorialiser à un moment où choses et gens m’inciteraient plutôt à prendre quelque distance d’avec ce qu’il est convenu d’appeler l’actualité. Et de là où j’écris ces quelques lignes, le bleu du ciel, la douceur de l’air, le bon vin et le chant des cigales invitent à cultiver farniente et rèveries plutôt qu’indignation ou chagrins du temps. Moments rares en ces lieux occitans où plane encore l’ombre juvénile et douce de Racine dont je ne me lasse pas de relire ses fameuses lettres d’Uzès.

A Uzès écrit-il, « toutes les femmes y sont éclatantes....et en ce pays on ne voit guère d’amours médiocres » et s’émeut d’avoir aperçu à sa fenêtre « une belle huguenote » regrettant qu’ « ici nous n’avons pas de belles catholiques » Je me garderai bien, Boutin soit louée, de trancher, au risque de me mettre à dos une part non négligeable de mes copines. Personnellement je n’ai jamais cédé à la facilité de la discrimination religieuse, préférant m’en remettre à des critères plus traditionnels en cette matière.
Mais qu’on ne s’y trompe pas, je ne cède pas pour autant à je ne sais quelle indifférence béate : saturé de Pygmalion, Copé et autres Balkany, je me prends à rêver d’un monde sans larmes et clameurs, pacifié par philosophes et poètes, entre vignes et vallons, ce qui suppose un reste de vigilance que j’entretiens par la fréquentation de quelques auteurs roboratifs susceptibles d’entretenir chez les plus avachis d’entre nous, tonus et jusque ce qu’il faut d’indignation pour survivre en ces temps où la morosité s’affiche. Et je m’en voudrais si je ne vous faisais pas partager cinq de mes découvertes pour accompagner cet été commençant : cinq livres et quatre auteurs décapants s’il en est.
Le premier , pour débuter par un décrassage salutaire : Roland Topor. Quelqu’un’’un qui produit des œuvres inoubliables comme « Mémoires d’un vieux con » et « La plus belle paire de seins du monde* » ne peut pas être complètement mauvais. A suivre, et pour vous convaincre que je ne suis pas seulement, Boutin me pardonne, un diffuseur de cochonneries mécréantes, ce bel essai d’Hervé Le Bras -« L’invention de l’émigré** »- est hautement recommandable. Poursuivre avec les « Dessins cruels *** » de Cabu , ça grince juste là où il faut. Enfin , s’envoyer en l’air (du temps), avec une oeuvre forte d’un universitaire italien publiée en 1976 chez « Mad Millers » - Les Meuniers Fous, ça ne s’invente pas !- où le lecteur est invité à construire ses propres matrices en respectant « Les lois fondamentales de la stupidité humaine ». Cinq lois incontournables pour comprendre le monde et ses malheurs et pour découvrir où l’on se situe. Une somme d’humour et d’érudition par un professeur à Berkley et à l’École normale supérieure de Pise. Ce qui prouve qu’il ne faut pas désespérer de l’Université.
Ce sera tout pour aujourd’hui et qu’il me soit maintenant permis de m’abandonner aux doux songes que la sieste convoque en attendant le soir .
« Ici le ciel est toujours clair tant que dure son cours
 Et nous avons des nuits plus belles que vos jours ».
Sacré Racine !

Bons baisers d’Uzès

MA

* éditions Wombat
**éditions de l’aube
*** le Cherche midi
**** puf