Editorial du 25 septembre au 2 octobre

mardi 29 septembre 2015 par Radio-Grésivaudan

Silence on tourne ! Mes bien chers frères, mes bien chères sœurs,

Tout d’abord j’ose espérer que vous avez pu jouir d’un repos estival bien mérité, bercés par les vibrations positives que j’avais osé vous adresser avant de moi même tourner les pages vacancières... et sept fois ma langue dans sa bouche. Mon orgueil mal placé est, je dois l’avouer quelque peu ébranlé par l’absence de réactions dithyrambiques que j’attendais de votre part à la lecture d’un édito intitulé « mon extrême isthme » dont le seul titre aurait dû vous arracher des hourras avant qu’à sa lecture en larmes vous ne fondiez.
Veinards que vous êtes, les éditos sont conservés sur ce site à la rubrique « les éditos ». C’est fou ! Il vous reste encore une chance de vous rattraper !
Ce coup-ci, je vous livre ma prose avec trois bons jours de retard, sans excuse particulière, étant fort inspiré et ayant en réserve une bonne vingtaine de sujets et d’analyses tout aussi géniales. Mais j’étais à Sète et Montpellier, livrant ma peau dorée aux rayons encore vifs d’un soleil encore hésitant à quitter l’été. J’ai même pris un sérieux coup de lune (comme vous vous en doutez à la lecture) dont les flots bleus reflétaient l’argent. Au large les silhouettes bondissantes des dauphins se livrant sans retenue à quelque parade nuptiale...
Mais ce matin, alors que s’amoncelaient au dessus de la ville des nuages menaçants, me vinrent des larmes suscitées par la question de la hiérarchie dans la douleur. Devais-je vous entretenir de la condition de milliers de réfugiés qui déclenche compassion et révolte parmi la bien-pensance de mon entourage et des réactions xénophobes que ces « envahisseurs » engendrent parmi les descendants d’anarchistes italiens et de républicains espagnols et portugais aux esprits lepénisés … ou vous parler du regard terrifié de cette jeune fille ayant perdu son papa dans les halles de Sète ? Dois je revenir sur ce papa qui hurle sur un gosse épuisé et tétanisé incapable d’amener en pédalant son vélo au sommet de cette côte que le plus dopé des cyclistes aurait peiné à franchir, ou évoquer la hargne vengeresse d’un automobiliste traînant sur l’A7 derrière son BMW X5, un Jet Ski Yamaha surdimensionné, que je retrouverais en compagnie des ses innombrables férus des sports mécaniques en train de faire des ronds dans l’eau, recherchant l’impact maximal sur les vagues, faisant des allers retours, pied au plancher à 600m du rivage et offrant ainsi aux parisiens nostalgiques du périph’ un brouhaha permanent leur permettant d’échapper à la peur du vide ? Je pourrais encore parler de la caissière s’excusant platement d’avoir fait patienter plus de deux minutes des clients en vacances, pressés et excédés, de la chanteuse s’époumonant dans le vide à la terrasse d’un restaurant de station balnéaire alors que deux mètres derrière elle un écran géant diffuse en quatre fois plus grand et en ultra HD des clips de musique samplée, en boucle , ad libitum ! Le barman qui ne comprend pas pourquoi je lui demande d’éteindre alors que je suis seul dans son établissement, les quatre écrans qui me cernent diffusant, l’un BFM et la même information urgente, en boucle ! L’autre sport TV et les mêmes buts, en boucle, l’autre des clips et la même musique, en boucle et le dernier la chute des actions Volkswagen... en boucle.
Tant pis, aujourd’hui j’arrête de râler ! Je préfère vous parler, d’Olivier 50 ans, ancien rugbyman bergealien qui vend dans les halles de Sète une charcuterie corse divine qu’il doit à sa jolie compagne qu’il va bientôt épouser, du kite-surfer qui survole les flots à toute vitesse et en souplesse et dans le plus grand silence, tracté par la seule force du vent, de cet enfant au sourire radieux découvrant sur la plage du Guilvinec le « paradis des coquillages » et sa petite copine en espagnol : « mira todos los caracoles » !, du vent emplissant les poumons et les voiles des chars à la Pointe de la Torche, de la jolie surfeuse en combinaison à la Baie des Trépassés, des couteaux à la plancha arrosés d’un Côtes de Gascogne au soleil couchant sur les dunes de Moliets. Le lac si frais par une chaleur torride dans le cratère volcanique d’Issarlès, l’hélice en feuille de marronnier que je fis découvrir à ma Délicieuse dans les collines de la Drôme, les tablées en famille, les tisanes de fenouil sauvage, les câlins sur la plage, la « poêlée d’encornets à la soubressade et son risotto à l’encre de sèche pimenté à la poutargue » du Paris-Méditerranée, l’amour dans la tente, son petit derrière dans un maillot de bain minimal et son effet sur les ados de la tente d’à côté, les petits-dèj au fromage corse et aux poivrons à l’ail, le tremblement matinal du mobil-home, les grous-grous des amis....

Je vous souhaite sincèrement, tout le bonheur du monde.

S.R.


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