Editorial du 25 novembre au 2 decembre

vendredi 25 novembre 2016 par Radio-Grésivaudan

Nous avons un problème.
De taille.
Plusieurs problèmes en réalité. Mais qui n’en font qu’un.
Nous PENSONS.
Enfin nous essayons de penser. J’entends déjà les ricanements : ah bon il pense ??
J’ai une sorte d’affection avec ces ricanements, car, même moqueurs, ils témoignent au moins d’une sorte d’attention. Ce qui veut dire que ce que j’ai à dire possède déjà un léger côté attractif.
Donc nous pensons, nous réfléchissions et plus nous pensons, plus la complexité du monde et des interactions humaines sociales, économiques, visibles et invisibles , nous amènent à la conclusion super intelligente que : rien n’est simple. Et n’étant décidément sûrs de rien, nous utilisons à tour de bras des mots tels que "éventuellement", "probablement" par exemple. Et ces mots guident notre action qui, au fond, suit une direction affirmée, cohérente et sensée.
Et cet aspect là de notre animalité fait que nous avons créé une forme de civilisation, bourrée de défauts, perfectible, où l’action même de penser devrait tendre vers son amélioration.

Or, plus la réflexion s’enfonce dans les profondeurs de l’incertitude, plus une sorte de solitude s’installe.
Car quand je dis Nous pensons
Je ne sais plus aujourd’hui qui est ce Nous
Qui mes propos atteignent
Chez Qui ils provoquent du rejet
Et quand je dis Qui
Je veux dire aux delà des cercles humains que nous bâtissons autour de nous.

Je sais c’est un peu tordu comme raisonnement, mais ...
Où est ce que je veux en venir concrètement.
Les Etats Unis d’Amérique viennent d’élire Donald Trump pour Président.
Il faut bien reconnaître que l’autre choix s’imprégnait aussi d’une forme de désespérance.
Une partie de la population, en perte de repères et d’espoir, a choisi de s’identifier à un orateur caricatural qui élève au rang de pensée des discours populistes et fascistes .
En l’élisant, elle donne à ces discours la légitimité suprême.
Ce qui m’apparait comme dramatique, c’est la confusion entretenue par ceux qui aspirent au pouvoir, par ceux qui le détiennent, par ceux qui le prennent, que la pensée simpliste qui anime chacun et chacune d’entre nous et les actes qui en découleraient SONT LA SOLUTION.

Notre Histoire regorge d’exemples pour lesquels ce choix populaire a conduit au chaos.

Cette pensée simpliste s’appuie invariablement sur des coupables tout trouvés (les étrangers, les fainéants, les pauvres, l’autre religion). Elle évite soigneusement la remise en question du dogme néolibéral qui creuse les inégalités et créé l’exclusion.
Moi même, certains jours de lassitude...
 Mais passons..

Ainsi nous pensons, et la lecture de notre pensée est brouillée , à mille lieues des attentes populaires, et nous apparaissons comme une insupportable élite intellectuelle.
Un monde à part.
Et l’impuissance qui s’en suit.
Que faire à cinq mois de ce que vous savez ?
Caresser l’animalité humaine dans le sens du poil ?
Participer au concert des paroles simplifiées ?
Non merci !
Nous avons pour devoir d’ entretenir le complexe de notre pensée humaine et de notre créativité.
Et en même temps rendre ce complexe visible, abordable, aimable et adhérant
Diffuser l’émotion sous jacente et le sensible universel des actes au delà des frontières de classe.

Et en cela nos actes politiques, médiatiques, sociaux, artistiques, empreints de cette richesse créative
se doivent de rester perpétuel , d’être multiples, complexes, experts et foisonnants .
Et animés de cette indispensable exigence populaire et non populiste, d’inciter à aller voir au delà des images et du son.
Préférer construire lentement et avec sagesse un monde plus juste, plutôt que de participer au lynchage des boucs émissaires.

JM.F


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