Editorial du 22 au 29 avril

vendredi 22 avril 2016 par Radio-Grésivaudan

Un éditorialiste n’aurait-il pas le droit d’échapper à la prégnance de l’actualité, à l’ivresse du court terme, aux hystéries du présent ? Pourquoi se résigner au commentaire obligatoire , à l’énoncé grave de jugements définitifs sur tout ce qui sera demain aussi vite oublié , comme un selfie chasse l’autre. Culte de l’éphémère, où l’on navigue ad nauseam de la pub pour amincissants à la relation du dernier naufrage ( 500 morts) en méditerranée, tout au même poids, dérisoire ou essentiel. 
Pourquoi enfin l’éditorialiste ne pourrait-il se faire le chantre du silence et des murmures où le printemps s’invite, entre ciel d’aquarelle et jeunes filles en fleur, entre avril aux radis et mai maintenant ou jamais. « Les saisons ça ne se discute pas » écrivait Raymond Queneau. Et si les poètes étaient les vrais éditorialistes du temps qui passe, de l’éternité où l’actualité se noie, graphistes des heurs et malheurs où l’humanité s’éprouve. Pourquoi ne pas préférer Verlaine à Boulanger, le grand Victor au petit caporal, Jacottet à ..( à qui vous voulez, je ne veux froisser personne). A l’heure où j’écris, une pluie fine s’invite et rafraîchit juste ce qu’il faut , la nature a du tact, printemps oblige. Tout est calme et feutré, comme il sied à ce moment, ce moment de l’éditorialiste au repos, entre grâce et parfum des roses à ma table. Bonheur d’être, tout simplement .
Las ! le ciel s’obscurcit soudain et l’air soudain se fait oppressant. Retour au dur et au malodorant .
« Les cons nous cernent ! » criait naguère Henri Jeanson compétiteur inspiré de Michel Audiard.
Entendons-nous bien : je ne voudrais pas que l’on me considérât comme quelqu’un d’exception : on est toujours le con d’un autre et j’assume. D’autant plus que le terme bénéficie d’une étymologie plutôt salace - que mes amies me pardonnent- et qu’il fédère une flopée d’adjectifs : en effet, le con peut être gentil, méchant, jeune, vieux ,vrai, sale, beau, sacré, p’tit , petit, gros etc...à la va comme j’te connote !
Mais l’affaire est de toute autre nature quand le con se fait sinistre, quand il tend à se multiplier comme une métastase et nourrit des projets où l’infâme s’accouple à l’indécent. Ainsi de cette nouvelle publiée par quelques gazettes qui nous apprend que la cellule FN des étudiants de Sciences Po Paris s’est baptisée Jean Moulin ! Sinistre recyclage d’un des pires moments de notre histoire que les héritiers de l’idéologie de Laval et Pétain, annexent à leur sinistre Panthéon, où prolifèrent ex-cagoulards et autres Faurisson, et s’approprient celui qui fut l’honneur de la France résistante.
De quoi cette nouvelle est-elle le signe ? Ainsi, nous en serions déjà là ?
Réveillons-nous ! On commence par se coucher et l’on finit par coucher.

Le (vieux) con de service,

MA

3 floréal CCXXIV


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