Editorial du 21 au 28 octobre

vendredi 21 octobre 2016 par Radio-Grésivaudan

Il y a peu, dans un airbus, à dix mille mètres au dessus de l’Atlantique, je répondais à un questionnaire. Le sourire en coin certes, mais en coin seulement parce que là où j’allais on ne rigole pas avec ses choses là, je cochais le petit carré blanc du "non", aux questions : "comptez-vous commettre un acte terroriste sur le sol canadien" ou "possédez-vous une arme avec laquelle vous souhaiteriez attenter à la vie d’autrui" (la formulation n’est pas exacte, mais l’esprit y est). 
Quand je dis que ça ne rigole pas et que la plus grande sincérité est attendue, José Bové en sait quelque chose, je me demandais ce qu’il serait advenu de mon voyage si ma main avait fourché.
Quelques heures plus tard, sifflotant en moi-même, l’air de rien, en espérant qu’on ne me trouve des poux dans la tête, je tendis ma fiche vertueuse au douanier canadien de l’aéroport de Montréal. Ces "non", accompagnés de mon statut de touriste ordinaire m’ouvrirent donc grand les portes, de l’Amérique.
L’Amérique !
L’Histoire pas si ancienne d’un mythe et il serait extrêmement long de décrire ici le processus d’émigration parfois massif des Européens de l’Ouest fuyant le vieux continent pour multiples raisons : persécutions, misère, le désespoir avec le rêve pour bagage.
L’Histoire de la dispersion de nos peuples au delà des frontières, à mille années lumières de nos voyages touristiques. 

Changement de décor.
Ici et maintenant.
Entre Vintimille et Menton, il y a une frontière. Je sais, depuis Schengen, on a oublié jusqu’à son existence. Seul perdure le souvenir de nos jeunes mains moites posées sur le volant en espérant que nos cheveux longs ou notre teint basané n’attireraient pas la méfiance du douanier. 
Ici, au bord de l’autoroute, si près des automobilistes que plus rien n’arrête, entre Italie et France, se cachent des êtres humains, somaliens, érythréens pour la plupart. La peur au ventre, après un voyage qu’on ne souhaite à personne, ils attendent la nuit pour tenter d’atteindre la ligne imaginaire des dix kilomètres qui dépasse la frontière officielle, qui en vertu du code frontières Schengen (un accord contesté devant le conseil d’Etat)garantit la fin des contrôles policiers systématiques.
Alors, courant à perdre haleine, ils frôlent les tôles des camions lancés à vive allure, les glissières de sécurité, dans le tunnel autoroutier, franchissent des grillages, et trouvent le plus souvent, à l’arrivée les gyrophares bleus des policiers qui les reconduisent à la case départ. Plus près alors d’un monde qu’ils ont toutes les raisons de fuir.
Pauvres petits Meynard et consorts, les pêcheurs d’électeurs de tous bords, aspirés dans le nauséeux, défendant nos vertus, sans qu’on leur demande quoique ce soit, nous faisant croire à l’invasion des migrants, à nous les descendants des polonais, italiens, espagnols, berbères, hongrois, portugais, italiens, algériens, marocains, tunisiens, grecs, russes, tchèques, roumains, et j’en passe, nation de sangs mêlés et métisses.
De quoi, aurions nous peur ? Sont-ils si peu sûr de cette civilisation (et il y a parfois de quoi être inquiet en entendant leur misérable diatribe ), qu’il craignent qu’en nous mélangeant, et reprenant ainsi les odieuses thèses, nous allions à notre perte ? Ne savent ils donc pas que seule, la consanguinité provoque la dégénérescence ? 

Demain, remplirons-nous à notre tour, les bateaux de la peur, pour s’éloigner des côtes, sur lesquels ces affreux sires auront érigé les murailles de leur théorème fasciste.

JM.F


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