Editorial du 16 au 23 mai

vendredi 16 mai 2014 par Radio-Grésivaudan

Dans la famille des intermittents du spectacle, il existe plusieurs sortes de situations et de revenus possibles. Il ne faut pas tout mélanger.
Comme le disait par exemple un ex-intermittent de France 2 interviewé par un journal célèbre : « Certains mois, je gagnais entre 2500 et 3500 euros, un salaire tout à fait honorable, mais Pôle Emploi me reversait encore 500 ou 600 euros car je n’avais pas fait assez d’heures.  »
Pourtant, pourtant.... Sont-ce vraiment ces personnes, au salaire que je qualifierai de bien plus qu’honorable, qui pâtissent des réformes du medef visant à sacrifier le régime d’intermittent du spectacle sur l’autel du grand capital, l’abreuvant de profits de tout poil ?
Je fais parti du genre d’intermittent qui travaille en moyenne 24h par semaine, payée la plupart du temps environ 200 euros le mois, avec le taux le plus bas pour avoir des heures en nombre suffisant au moment de la date de renouvellement du statut. Indemnisée pour atteindre un total de 1000 euros et des brouettes (salaire et indemnisation comprises), je suis pieds et poings liés 2 mois par an, suspendue à l’inertie et les directives de Pôle Emploi. Cette année nouveauté exclusive : impossible de se procurer un dossier de demande de renouvellement avant d’avoir dépassé d’un mois la date de fin de droits. Heureusement que mon entourage me soutient, sinon autant dire que je dormirai sous un pont depuis plusieurs semaine en me nourrissant de cailloux. Que vont ils me sortir comme nouveau prétexte pour faire traîner la décision de renouveler ou non mon statut ?
Il faut avoir les nerfs solides : appeler 5 fois le 3949 (numéro unique de pôle emploi) et 5 fois poser la même question pour avoir 5 réponses toutes différentes.
Personne ou presque n’est formé pour vous répondre, c’est la roulette russe.
Pourtant, le nombre d’intermittent qui était de 50 000 en 1989 aurait quintuplé aujourd’hui. J’en sais bien plus sur mes droits en lisant 5 minutes durant des commentaires postés sur un forum intermittent organisé et alerte, qu’en 7 ans de fréquentation de Pôle Emploi (obligatoire lorsqu’on est précaire, même salarié). Dans le brouillard, forcément, on avance à tâtons.
Pourtant, je dirai que le statut d’intermittent est enviable à ce titre qu’il permet aussi de varier les expériences, les rencontres, les occasions de vivre une vie professionnelle qui ne se sclérose pas trop, à condition d’aimer toucher un peu à tout.
C’est tout le monde qui devrait être intermittent du travail, pour avoir l’occasion de penser le labeur comme source non seulement de nourriture-assiette, mais aussi de nourriture-pensée et humaine.
La France est peut être une exception culturelle, mais on baigne dans la contradiction et la culpabilité permanente d’avoir un métier que l’on aime et qui nous épanouï.
En France, c’est mieux perçu de faire la gueule en allant au boulot que d’y aller en sautillant...

E.G