Editorial du 13 au 20 novembre

vendredi 13 novembre 2015 par Radio-Grésivaudan

Oui, il y a un ange gardien pour les éditorialistes (voir édito de M.A. de la semaine dernière). D’ailleurs je soupçonne ce cher directeur de radio que nous connaissons bien, de nous l’envoyer au moment propice, après nous avoir laissé patauger avec angoisse dans une pensée confuse jusqu’au mercredi…
J’en étais personnellement à rechercher quelque inspiration , à la lampe de poche, au fin fond de mon nombril, quand… m’affalant, le cerveau barbouillé, dans un des fauteuils placés face à l’écran de télévision (ce qui m’arrive très rarement), ma main fourcha sur la télécommande, m’entrainant, à mon insu, vers une émission (hautement recommandé par la presse recommandable) sur les quarante ans de la DETTE en France. Le curseur du masochisme monté à bloc, (la DETTE !!!) quand on sait qu’il n’existe rien de mieux qu’un bon Mad Max pour rebouster (en français dans le texte) les batteries.

La dette. Selon mon schéma mental, qui s’appuie sur des réalités : nombre croissant de chômeurs, désertification des campagnes, baisse des services publics, augmentation des déficits et enrichissement des plus riches… la dette c’est une enclume placée sur nos têtes par ces salauds de bourgeois, relayés par une droite complice, pour nous laisser mariner dans nos inégalités et la misère humaine, en prônant l’austérité et la charité comme seul remède. 
Image qui a le mérite d’être simple, et qui permet de me positionner sur l’échiquier politique en déterminant le clivage entre gauche et droite et cristallisant la vision politique autour de cette dualité, quitte à laisser le champ libre à l’extrême droite (qui elle, joue à saute moutons sur ce clivage et de fait les embarque au passage). 
Si je raisonne à mon niveau, la dette, je l’ai connue quand mes revenus étaient insuffisants pour permettre un train de vie même modeste que j’étais en droit d’attendre ici bas. 
La dette existe parce que tout gestionnaire de collectivité, de la plus petite à la plus grande, qu’il soit de gauche comme de droite, doit faire face à une demande de services de la part de la population, et souhaite répondre à cette demande (et là je ne parle pas de choix, nous y reviendrons plus tard), soit qu’il l’a promis soit que la pression sociale est forte. Et que les recettes fiscales sont insuffisantes pour y faire face en période de croissance stagnante telle que nous la vivons.

Revenons à la TV (pas au placard). Pendant deux heures, défilèrent donc devant moi des présidents et des ministres qui ont officié ces quarante dernières années, passant par les premiers chocs pétroliers et la crise financière de 2008, tantôt en posture officielle langue de bois pour convaincre le bon peuple du bien fondé des mesures prises, tantôt en posture post-officielle (donc après avoir pris une grande claque électorale) on s’est trompé, on voulait faire le bien mais ça n’a pas marché, la règle à calcul s’est plantée et c’est pas ma faute c’est les autres. Pour faire bref, en quarante ans, on a vu Chirac faire ce qui pourrait être de la gauche frondeuse d’aujourd’hui, Mitterrand faire de la droite de Giscard, Barre et Bérégovoy échanger leurs places, et Hollande plonger à droite de Sarko (tout cela économiquement parlant bien sûr), misant tout sur la croissance, jouant tantôt du plan de relance, tantôt de la l’austérité, le tout sur fond de politique politicienne.
Tout en provoquant les dégâts décrits plus haut (voir mon schéma mental), ce qui malheureusement n’est pas complètement mentionné dans l’émission.

Des solutions techniques, il n’y en a pas. Les finances publiques sont devenues dépendantes de la finance privée, (elle-même dépendante des agences de notation), grâce aux bons soins de grands hommes dits de gauche. L’Europe, dédaignant les choix démocratiques et les aspirations sociales, est prisonnière de traités économiques signés par les grands hommes de tous bords qui la soumettent aux règles de la finance privée et de la spéculation. Pour aboutir au diktat humiliant, que l’on sait, posé au peuple grec. Et donc on ressort d’une telle émission, le cerveau un peu lessivé, en mettant dans un grand sac gauche et droite emmêlées et de toutes façons c’est foutu, on n’y peut rien, dormons. 
 
Que nenni. Eteignons la TV et laissons mariner tout cela, ainsi mon schéma mental va subir quelque évolution salvatrice. Là où la politique au sens noble du terme reprend vitalité, c’est quand les machines à calculer stériles de la relance, de la croissance, de la rigueur se taisent et que les choix fondamentaux sont énoncés :

Entre d’une part relancer la croissance par la consommation de biens, quitte à éteindre la planète rapidos, ou à inventer une croissance humaine, culturelle et basée sur le développement durable.
Entre lâcher le service public aux lois du marché (en en excluant des pans entiers de la population) ou garantir un service de qualité pour tous
Entre multiplier les aides bancales, les astuces systemD, les discounts et les restos du cœur pour une classe sociale déshéritée ou réduire réellement les inégalités en promouvant, par le revenu universel, une dignité sociale hors du labeur.
Entre instaurer des taxes, des prélèvements supplémentaires et générateurs de précarité ou taxer la richesse et le capital.
Entre continuer à croire que le credo des dirigeants amplifiés par les JT construit le peuple de demain ou promouvoir l’expression et le débat de proximité en toute transparence, et ainsi alimenter et construire sa réflexion.


Peut être suffit-il de se dire que le réel, ce sont les processus multiples de constructions humaines porteuses d’égalité et de fraternité. Et peut être déliteront-ils le béton financier et les diktats européens, sans passer forcément par la case facho. 
Et si on faisait de la politique pour de vrai !

JM.F


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