Editorial du 11 au 18 mars

vendredi 11 mars 2016 par Radio-Grésivaudan

Jadis, ce fut le temps des cerises, des gais rossignols, des merles chanteurs et des luttes fraternelles.
J’y repense , profitant à juste titre d’une retraite à l’ancienne, avant que celle-ci ne soit repoussée aux calendes grecques ou rendue illégitime par nos "réformateurs" successifs .
Et je fais ma trace, avant que l’usure des années ne m’atteigne, en ce jour de semaine dans la neige vierge tombée de la nuit, sur les hauts de Chartreuse. Me parvient la canonnade des Sept Laux, tout à sa lutte contre l’insécurité des pentes chargées de blancheur.
Quoique l’on fasse, l’intranquilité veille donc et rattrape mes pas et mes pensées. 
Serais-je un assisté, un profiteur, un immonde jouisseur non méritant, une espèce d’archaïque non productif et peu rentable ? Il me faut alors faire un effort pour me souvenir de l’état dans lequel je me trouvait lors de la "libération" (au ministère, ils appellent cela la radiation des cadres : charmant et reconnaissant !).

Le 9 mars, certains, nombreux ou peu nombreux suivant que l’on soit des syndicats ou de la police, manifestèrent contre la Réforme du Travail. Il le fallait bien évidement.
Le 9 mars, je n’y étais pas.
Serais-je un jaune, un lâche, un renégat, un aquaboniste de la politique ?
 Me reviennent alors tant de manifestations presque récentes...1995...2003...2006... (et bien plus encore) et tant d ’autres avant , qui dans l’enthousiasme de mes jeunes années étaient synonymes de luttes et d’espoir, non seulement pour freiner l’érosion des acquis sociaux obtenus par de longues et violentes luttes, mais aussi pour inventer un monde meilleur, juste et solidaire.
Las.
Tant de mouvements puissants et revendicatifs qui se sont brisés sur les murs des puissances financières. Et l’inexorable croissance du nombre des dépités qui choisit le camp de l’aigreur et du rejet de l’autre.

Dans "aux armes citoyens", il y a le mot "citoyen". Galvaudé dans un jeu sémantique cher à nos édiles, puisqu’un bon citoyen ne peut mettre sa pierre à l’édifice social qu’en suant à grosses gouttes sur l’ouvrage que nos Bons Maîtres lui demanderaient de réaliser en temps et en heure.
Galvaudé dans cette proposition du Conseil Départemental d’adopter un principe de réciprocité "citoyen" pour prétendre aux aides sociales. Ici, il sera demandé aux "bénéficiaires" de réaliser des travaux d’intérêts collectifs en échange de quelque menue monnaie. Ceci devrait leur redonner goût à la vie sociale et à l’intégration. Sont-ils tous des sales profiteurs, des assistés de la pire espèce, des mal rasés traîne savate ?
Dans "aux armes citoyens", il y a "citoyen", sa dignité originelle et non celle dont on lui laisserait quelques miettes. Sa participation légitime et revendiquée à la construction collective.
Un Citoyen débarrassé de sa culpabilité de ne pas être "bien né", débarrassé de sa culpabilité d’être soi-disant responsable des maux économiques, la tête haute et le port fier.

Non à la Réforme du Travail bien sûr.

Et si on commençait par convoquer aux travaux d’intérêts collectifs les vrais responsables, les vrais profiteurs, ceux qui par les dividendes mirobolants qui s’enrichissent sur notre dos et fabriquent cette crise de toute pièce ?

JM.F


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